9. A la Salpétrière
La lumière, hier dimanche, dans les jardins de l’hôpital -
suspens du temps, de la lumière. L’église au cœur - à chœur ouvert - vide,
sauf quelques statues et des toiles grandiloquentes. Partout, rais, rais, rais
– des ombres sombres, la poussière qui poudroie – sur le sol des flaques de
couleurs vives projetées par les vitraux – rais sur les statues – rais sur les
scènes religieuses peintes. Vie secrète de la lumière avec les visages.
10. La rampe de Cène
La lumière aujourd’hui : le coup de projecteur cru que
dirige Edwy Plenel dans le Monde 2 sur la « nouvelle censure ». A
propos de l’affaire de l’affiche de Marithé et François Girbaud, libre (et
belle !) interprétation de la Cène de Léonard de Vinci. Plenel
parle d’une « époque tartuffe qui a tellement peur d’affronter le réel
qu’elle fait la chasse aux images qu’elle ne saurait voir. (…) Il n’y a plus de monde commun, c’est-à-dire
un espace partagé de la rencontre et du conflit, du débat et de la
transgression, de la polémique et de l’audace, du risque et de l’invention, de
la provocation et de la création. Il n’y a plus désormais que l’addition de
mondes séparés, clôturés, fermés, protégés, intouchables, immobiles et
figés ». Et sans lumière !
Et Plenel de conclure en soulignant que de tous temps les
monothéismes ont eu un double problème, avec les images et avec les femmes
« première illustration de leur réticence devant la pluralité humaine sous
son évidence première, sexuelle ».
11. Les rameaux
La lumière d’aujourd’hui ce petit pan de ciel bleu,
chemin de ciel, reprise aérienne du chemin d’asphalte, non pas terre à terre,
mais terre à ciel, petit pan de ciel bleu pâle auquel les branches encore nues,
mais lourdes déjà du printemps, du bourgeonnement, de floraison en puissance
font la haie comme les rameaux autour
du christ sur son âne à jerusalem.
12. Electricité dans l’air
La lumière ce soir est étrange, surnaturelle : mélange
de brume/bruine jaune, de nuées mauves et d’une bande de lumière éblouissante
et laiteuse, tandis qu’éclate un orage. Un ciel divisé contre lui-même,
juxtaposant en un invraisemblable patchwork des textures et des couleurs
opposées. Et de nouveau ce phénomène déjà enregistré en juin dernier : de
grosses étincelles à hauteur d’yeux, au milieu des fenêtres des immeubles, à
une trentaine de mètres du sol. C’est impressionnant et je préfère éteindre mon
ordinateur !
13. Mondes lointains
« Un rougeoiement guide désormais les astronomes dans
leur recherche des mondes lointains », ce rougeoiement, ma lumière
d’aujourd’hui. Je songe à ces nuées lointaines, ces nuages galactiques, ces
grandeurs astronomiques, ces pulsars et ces magnetars, ces quasars, phares de
l’espace, ces bouffées d’ondes ou de matière, ces trous noirs, la matière
manquante de l’univers. A la minuscule part dévolue à la lumière visible dans
la nuit du temps, à la lumière fossile qui m’atteint après avoir voyagé des
millions d’années dans l’espace, émise par un astre sans doute disparu depuis
longtemps. Bruit de fond de l’univers, lumière de fond du monde. Silence.
14. Un feu s’éteint
La lumière, ce soir, est celle d’un feu qui s’éteint.
Rougeoiement qui ne réchauffe plus, qui n’éclaire plus mais qui peut encore
brûler. L’âtre bientôt sera prêt pour une nouvelle flambée si tu ne t’attardes
pas à construire avec des cendres. Avec des cendres tu ne peux que peindre ou
écrire.
15. Lumière de Cerenkov
La lumière du jour relève de nouveau, hasard des
découvertes, du domaine de l’astrophysique. Car cette lumière-là a quelque
chose de fascinant, mais aussi d’un peu difficile à mémoriser comme si ses
photons s’éteignaient, à peine touchée la conscience….. je n’oublie pas que
dans cette collecte de lumières, ma démarche est d’épingler les papillons
lumineux, pour en garder quelque chose. Aussi frustrant sans doute que la boîte
à papillons dans le fin fond du musée d’histoire naturelle…
« Sur un
plateau de Namibie, à 1 800 m d'altitude, quatre grands télescopes de 13 mètres
de diamètre scrutent le cosmos. Cette nuit encore, les caméras électroniques ultrarapides
récolteront des éclairs de lumière bleutée, échos atmosphériques des photons
gamma qui frappent le sommet de l'atmosphère. Un an après sa mise en service,
l'expérience Hess, à laquelle collaborent plusieurs laboratoires français,
révèle les tourments cosmiques subis par les astres les plus violents de
l'Univers. En pratique, pas question d'enregistrer toutes les particules de la
gerbe cosmique, ce qui nécessiterait des détecteurs gigantesques. Les
astrophysiciens utilisent donc une propriété des particules relativistes qui se
propagent dans l'atmosphère : leur passage produit une lumière bleutée dite
Cerenkov, située dans le visible. Ainsi, un photon gamma de 1012 eV arrivant au
sommet de l'atmosphère se traduit, sur le sol, par environ trois millions de
photons visibles qui se répartissent sur un disque de 120 mètres de rayon ! En
analysant les images obtenues sur les différents télescopes, on obtient une
image tridimensionnelle de la gerbe de particules de même que nos deux yeux
produisent une image tridimensionnelle de notre environnement.
De cette image, les astronomes déduisent, point capital, la
provenance du photon gamma qui a déclenché la gerbe. Photon après photon, on
crée l'image dans le domaine gamma de sources énergétiques étendues : pulsars,
quasars et restes de supernovae » (Philippe Pajot, in Le monde,
dimanche 27 et lundi 28 mars 2005)
©florence trocmé - 2005
