Bien que je n’aie aucun goût pour les célébrations
médiatiques qui lèvent le voile brutalement sur une œuvre ou sur un écrivain
pour les rejeter ensuite dans les ténèbres extérieures des décennies durant, je
cède ici à la contagion Jules Verne. A partir d’un article et de deux
souvenirs.
L’article est signé Michel Butor, il est paru dans Le Monde du 18 mars 2005 et
l’écrivain y pointe le "brouillage de l’appréciation intellectuelle"
de Jules Verne dès la fin du XIXe siècle, brouillage dû sans doute à
son succès public et qui fit alors exclure Jules Verne du cercle des vrais
écrivains.
Ce qui me conduit tout naturellement à mon premier souvenir : cette rédaction
composée en quatrième ou en troisième et dans laquelle je citais Jules Verne.
Las, que n’avais-je écrit ! « Jules Verne ne fait pas partie des écrivains
» me notifia-t-on d'un rouge péremptoire en marge de ma copie...... Son nom
rentra alors dans ma plume scolaire mais resta dans ma tête. Et si d’aventure
j’avais eu envie de l’oublier, quelque chose m’en aurait empêchée. C’est mon
second "souvenir Jules Verne", tel que je l’ai rédigé il y a deux ou
trois ans pour le site zazieweb.fr. Le voici :
« Il est arrivé, une fois au moins, que mes deux grandes
passions, la lecture et la musique fusionnent en un alliage indestructible.
Ce souvenir remonte à ma douzième ou treizième année sans doute : je revois ma
toute petite chambre d'alors, que j'aimais tant, une sorte de refuge avec, ce
qui m'avait semblé un privilège extraordinaire, des niches dans le mur dans
lesquelles j'avais pu installer fièrement l'embryon de ma bibliothèque. La
chambre était meublée d'un petit bureau-secrétaire en bois naturel, sur lequel
je faisais mon travail de classe, d'un très grand lit d'au moins un mètre de
large et qui prenait presque toute la place ; à la tête de ce lit, un meuble
qu'on appelait une bonnetière, il faut entendre par là une petite armoire haute
d'environ deux mètres. J'y rangeai mes vêtements et j'y avais installé, faute
de place pour le mettre ailleurs, mon "pick-up", autrement dit mon
tourne-disques. Énorme avantage, la musique y prenait des résonances
extraordinaires, amplifiée qu'elle était par toute la caisse en bois de
l'armoire ! Résonances caverneuses, en somme, ce qui n'est pas sans intérêt
pour la suite de l'histoire. J'ajoute que je commençais à l'époque à recevoir
de ma grand-mère mes premiers disques de musique classique, ceux qui devaient
asseoir définitivement ma passion pour la musique en général et plus
singulièrement pour le piano.
Un jour, malade peut-être, je me suis trouvée dans mon lit lisant avec passion Le
Voyage au centre de la terre de Jules Verne, dans la collection
Bibliothèque Verte d'Hachette (celle du Clan des Sept, des Michel
ou encore des Alice). Dans la bonnetière, sur le pick-up, juste derrière
ma tête, un disque, Peer Gynt de Grieg, inlassablement répété au
point d'en être usé comme presque tous mes premiers disques. Je tournais les
pages du livre tandis que le bras du disque, celui-ci à peine terminé, le
remettait automatiquement au début. Les différentes pièces qui composent la musique
de Grieg, par exemple "La Danse d'Anitra" ,"Dans le hall du
roi des montagnes" ou encore "la mort d'Ase" s'alliaient
magiquement aux évocations de Jules Verne, cette descente dans les entrailles
de la terre. Musique et le texte fusionnaient en un tout inoubliable.
Désormais les gouffres de Jules et les cavernes d'Edvard allaient rester
indissolublement liés dans mon esprit. Je n'ai jamais relu le Voyage au
centre de la terre, mais souvent écouté et même ânonné la transcription
pour piano de Peer Gynt. Que je ne peux entendre sans repenser,
instantanément, à Jules Verne.
Jules Verne, Voyage au centre de la terre, est disponible notamment en
Folio Junior, chez Gallimard Jeunesse.
Les Suites symphoniques de Peer Gynt n°1 et 2 peuvent être écoutées dans
la très belle et déjà ancienne version du chef Sir John Barbirolli avec le
chœur Ambrosian et le Hallé Orchestra.
Le site du centre international Jules
Verne
©Florence Trocmé