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11 avril 2008

Autour de Warburg

 

 

Je regarde le mur
...sur lequel se détachent ce matin les ombres d’un fil électrique, d’une lampe. Je les lis soudain comme des photos, L’instant et son ombre. Cela suscite une forme de vertige (j’avais écrit vestige !) épistémologique.

 

Jeux de pistes dans les livres
Il serait beau de lire toujours selon le principe du signe de piste ! Passer d’un livre à l’autre sur une suggestion du premier. Lire maintenant Petite histoire de la photographie de Walter Benjamin car cité à deux reprises au moins par Jean-Christophe Bailly dans l’Instant et son ombre (titre que je trouve de plus en plus fort au fur et à mesure qu’il se nourrit de ce que je lis dans ce livre). Le livre que l’on n’a pas trouvé, choisi seul, mais qui a été porté, apporté par autrui, l'écrivain, l’ami(e), l’ascendant, le descendant, le professeur, le libraire, le bibliothécaire, le critique. Lire par constellations. Retrouver ainsi dans l’organisation des lectures quelque chose du principe de classement de la bibliothèque de Warburg

 

Autour de Warburg
Je me rends compte que ce flotoir en ligne part sur les traces de thèmes (d’obsessions) récurrents, en phase avec Claude Mauriac dans son Temps immobile. Surprise de voir la permanence de certaines attirances, de certaines recherches. Au fil du temps. Partie à la recherche des mes notes sur Warburg, je tombe par hasard sur la description d’un ouvrage, qui me semble complètement à sa place ici, dans cette sorte de jeu de signes de pistes qui s’instaure. Il s’agit de l’avis de parution d’un livre de Gabriel Naudé, Avis pour dresser une bibliothèque (Klinsieck, 2008)

L’Avis pour dresser une bibliothèque (1627) reflète cette double influence : foisonnante liste de livres, encyclopédie des savoirs, monument d’autorités, cet ouvrage de jeunesse réalisé par un des membres de l’élite savante du premier XVIIe siècle mêle les noms, les titres, les thèmes et les sujets, s’attache à classer et à circonscrire les connaissances tout en s’inscrivant dans une dynamique prospective d’investigation et d’invention. Il y a du Warburg et du Borges dans cette entreprise fondatrice et formatrice qui réjouit, instruit et fascine par le vertige qu’elle imprime à l’esprit du lecteur moderne. Bibliothèque idéale, tombeau mélancolique des gloires vaincues et des certitudes acquises, l’Avis peut se lire comme un hommage en forme d’adieu à une culture du livre que l’épais et uniforme brouillard de l’oubli semble aujourd’hui être en passe de recouvrir. (information de Bérenger Boulay sur fabula)

 

Une librairie, Warburg
Continuant à passer le gué, de pierre en pierre, de souvenirs en souvenirs et d’associations en associations, je songe à nouveau à ma visite à la librairie Kleber et à la façon dont Isabelle Howald construit ses tables. Warburg encore !

 

Warburg, Didi Huberman et photo
Georges Didi-Huberman écrit à propos de Warburg ces mots qui me renvoient et à Warburg et indirectement à la méditation sur la photo de Jean-Christophe Bailly (qui cite Didi-Huberman à plusieurs reprises !  Je les avais transcrits en 2001 :

"je tenterai de décrire comment il a fondé une anthropologie historique des images en m'attachant à l'un de ses concepts fondamentaux, la « survivance » (Nachleben) qui tente de rendre justice à la complexe temporalité des images : longues durées et « crevasses du temps », latences et symptômes, mémoires enfouissantes et mémoires surgissantes, anachronismes et seuils critiques" (Georges Didi-Huberman, Devant le Temps p. 50).

(flotoir inédit, 14 janvier 2001)

 

Temps et image, la double hélice
Entendu hier soir une émission passionnante de Surpris par la nuit avec Georges Didi-Huberman, auteur de Devant le temps, lu récemment. Historien d'art, il réfléchit beaucoup au statut de l'image et à ce qu'il appelle la survivance de celle-ci c'est-à-dire tous les problèmes posés par la relation temps et image. Il travaille notamment autour d'un historien d'art méconnu en France mais absolument fascinant et qui s'appelle Aby Warburg (né en 1866) et qui a fondé une bibliothèque admirable dont G. Didi-Huberman dit que non seulement son contenu est fabuleux mais aussi la façon dont elle est conçue avec une sorte de classement par affinités, qui fait que chacun a la sensation que cette bibliothèque est faite pour lui en fonction de ses passions, de ses centres d'intérêt et ses associations. Le tout dans un contexte quasiment encyclopédique.
(flotoir inédit, 16 avril 2002)