Fil d'alerte
les premières heures
de la matinée sont les heures pour soi. S’éloigner du rivage où tout
appelle, êtres et choses. Dériver sur le flotoir.
Fil d’alerte
De la mémoire ! Hier, lisant Basse
Continue de Jean-Christophe Bailly, je tombe sur un long passage dédié aux
araignées et à leur « fil d’alerte ». Je sais bien sûr que j’ai déjà
lu quelque chose mais la machine à trier et mettre en relation ne sort pas les
bonnes boîtes. Je pense au livre de Bailly sur la photo, mais je suis quasiment
certaine que ce n’est pas là que j’ai lu cette histoire d’araignée. Je ne résous
pas seule le problème mais ce matin, explorant mes notes récentes, je comprends
que j’ai été mise en relation pour la première fois avec cette idée qui m’a
tant frappée (et qui me donne aujourd’hui envie d’explorer un peu cette
question des araignées !) par le biais de la revue Inculte, dans laquelle Arno Bertina lisait Basse Continue et citait ce passage !
Et c’est un tout petit peu plus tard, que par un hasard apparent, Maryse Hache
m’a invitée à lire L’instant et son
ombre. On est bien dans le Lire par constellations.
Comme tout soudain
comme tout soudain se replie, se referme, pétales, volets, lumières
éteintes une à une aux fenêtres, eaux taries, voix détimbrées, sol sec ou gelé,
fruits pourris, jonchées de chagrins laissés pour compte.
Lui écrit de tout
Lui écrit de tout, fou, dans ses carnets. Toi, tu monnayes le peu, le
rien, dans ton tien ; tu
voudrais l’allant sans cesse. Coucher dans les sillons et laisser le sable
couler. Roche métamorphique ré-avalée par la terre, « ces pierres usées, tachées, prêtes à retourner au sol d’où on
les a extraites », graine, poussière, copeau de cendre. Le monde contenu
entier en une infime pointe noire, dense, profonde • bille d’ébène. Nidifie l’espèce
en voie d’extinction. La chaleur est mortelle, elle garde un peu d’eau en ses
joues fraîches vouées à desquame. Carnet à desquames. Peaux de mues.
Lire croisés
Une certaine déception à la deuxième partie du livre de Philippe
Jaccottet, Ce peu de bruits, le fil
devient trop ténu, l’insignifiance affleure mais l’auteur le sait qui dit « comme
si les derniers signes devaient venir du plus insignifiants » (p. 90), qui
dit aussi « paroles mal maîtrisées, mal agencées, paroles répétitives pour
accompagner encore le voyageur comme une ombre de ruisseau » (p. 101).
Un peu de mal aussi (n’était-ce donc pas la lectrice qui était moins réceptive ?)
à entrer dans la poésie de Jean-Christophe Bailly, dont je me demande si je ne
préfère pas en lui le penseur, capable de formules magnifiques nées de sa
pratique poétique mais qui me semble, pour le peu que j’en ai lu à cette heure,
susciter plus de réflexion et d’intérêt profond par l’essai que par le poème. Poème
où je retrouve les mêmes thèmes que dans l’essai. Il faut aller sans doute plus
avant dans cette construction en soixante temps alors que je n’en suis qu’au dix huitième.... Ensuite retrouver
Hélène Sanguinetti : mystère et séduction toujours entiers, de quoi
parle-t-on ici, je ne le sais pas, n’ai peut-être pas à le savoir vraiment, il
faudrait sans doute laisser la raison raisonnante, oublier le côté enquête qui
me paraît inhérent à toute lecture de poésie (déformation professionnelle peut-être ?), pour se laisser aller à ce qui
émane du texte, en une lecture flottante, non prédatrice, ouverte.