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21 avril 2008

Souffles, sons, silence seuls

 

 

Repli
L’idée de retrouver le livre, un livre, apaise comme certains (et jadis) l’idée du verre. Et la micrographie, signe d’une sorte de repli du soir comme une plante qui se rétracte quand monte l’obscurité. Réduire la voilure, fermer les écoutilles, s’abriter dans le carré : la marine à la rescousse pour signifier la plongée en régime sous.

 

 

Son(x) 33
La petite église suédoise. Vide ou presque. L’orgue qu’on accorde (j’ignorais qu’on accordât les orgues), gammes égrenées, notes légèrement décalées, oscillant autour de leur valeur juste. Voix modeste de la dame ecclésiale. Présentation de l’organiste, danoise.
Monte un bruit étrange, sourd, lointain & proche. L’orgue et sa soufflerie ? Mais il est allumé, il s’est déjà fait entendre. Une mécanique lente qui s’ébranle, dans les hauteurs. Un son encore très diffus me guide : cloches ! Avant le concert, on sonne la cloche (coutume me semble-t-il des églises protestantes). Et ce que j’ai entendu,  c’est le « pas de la cloche », la mise en branle qui sollicite la charpente, elle aussi à la peine. Elle craque et bruit d’enclencher le mouvement. Je songe à toutes ces charpentes de cathédrales ou d’églises, à ces nuits d’hiver si noires dans le lointain Moyen-âge, au tocsin et aux glas. Et comme les charpentes alors se mettaient à « travailler » dans l’accompagnement de tout un clocher, de tout un village, dans l’alerte ou le deuil.
Cloche éteinte, l’orgue et ses jeux. Scheidt & Buxtehude (ils semblent encore si proches de cette nuit des temps), Bach (il change la nature du temps historique, l’interrompt peut-être ?), puis Kellner (il fait songer à Mozart), Mendelssohn, (tellement maître et fou du choral) et Mauri Viitala, artiste contemporain, né en Finlande en 1948 (il fait songer à Messsiaen).

 

 

Squelette sonore
Vider du je – vidange – la maison d’os
D’os faire tuyaux vibraphones bâtons de pluie
raison ensevelie, anse à ressac
toute substance re-polarisée
captation d’ondes
octaves empilées en vide de membres
squelette & membranes charpentés de notes
souffles, sons, silences seuls, sonneries au cœur

 

 

Du nom lu (mémoires)
Comme l’autre jour, du nom de Jean-François Lyotard, ces deux noms, à l’orée du Boitier de mélancolie de Denis Roche : Ernd et Hilla Becher. Est-ce que ce sont ces deux photographes allemands qui photographient usines, pylônes, silos & châteaux d’eau ? Et dont le travail fit il y a quelque temps l’objet d’une exposition et d’un article, sans doute dans le supplément du Monde, le Monde2 ? Tout cela se révèle progressivement, monte du fond, lorsque les yeux balaient ces mots. Je ne les aurais sans doute pas retrouvés, seuls & seule. Mais soudain, je vois ces Becher comme des constructions métalliques ; Ce mot Becher, dont j’ignore s’il a un sens en allemand, est dans ma mémoire une construction, un emmêlement de poutrelles métalliques. Ma mécanique neuronale a, par compression, créé un curieux amalgame. Ce nom avec ces images, engrammées, liés ensemble, resurgissant liés ensemble dès que Ernd et Hilla Becher sous mes yeux, des mois après. Cela en dit long sur le processus associatif à l’œuvre dans la mémoire humaine (et si finement utilisé par la psychanalyse). N’est-ce pas aussi le principe qui régissait les arts de mémoire, jadis ? La mnémotechnie & sa proposition de ranger les souvenirs à mémoriser dans les différentes parties d’une construction, pour en faciliter la remémoration. Visualiser la niche dans le mur nord, pour retrouver ce poème ou le nom de cette fleur ?
N.B. : Becher en allemand signifie godet, gobelet. Et des godets industriels, il me semble qu’il y en a beaucoup dans l’œuvre des Becher !

 

 

Denis Roche|Photo
« La photographie est un jeu de fantômes »
→ Étonnant comme lisant Denis Roche, qui n’est pourtant pas réputé lyrique, la gorge se noue et l’émotion étreint !

 

 

Redding the line (mémoires)
Autre question autour de la mémoire : pourquoi regardant le portrait "Redding the line" de David Octavius Hill et Robert Adamson, 1845 (Le Boitier de mélancolie, p. 21), pensé immédiatement aux photographies – que j’avais complètement oubliées – de Gustave Roud, photos du jeune faucheur dont il était épris. Lie les deux photos, un même trouble. Trouble de l’un et l’autre photographe (et pour les mêmes raisons ?) ou trouble de qui regarde ces photos ?
Trouble renforcé par l’énigme du titre, dont Roche ne parle pas.

 

 

Du tempo de la lecture
Avec Basse continue de Jean-Christophe Bailly qui décidément m’ennuie, un désir de fuite en avant, lire comme une flèche pour arriver au bout. Avec Denis Roche et ce Boitier de mélancolie (mais ce fut aussi le cas avec Bailly et L’Instant et son ombre !), tempo moderato, désir d’aller tranquillement, de s’arrêter pour ne pas lire trop à cet instant, ne pas diluer, affadir le choc émotif de ces premières pages. Ces diptyques magnifiques, photos qui coupent le souffle d’évidence et de temps accumulé et textes, les laisser vibrer, sans les recouvrir immédiatement.