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02 mai 2008

L'éreintant travail de compréhension

 

 

l’éreintant travail de compréhension
Cette note du flotoir, mai 2006, dont je ne change pas une ligne :

 

Dans un article de Jean-Claude Lebrun dans l'Humanité du 18 mai 2006, à propos de Carnet de notes1 de Pierre Bergounioux.
Il s’agissait moins pour lui de banalement laisser trace que de donner une tangibilité à l’éreintant travail d’éclaircissement et de compréhension du monde qui, à l’âge de dix-sept ans, lui était définitivement apparu comme la seule tâche humaine qui vaille.
J'aime cette idée, elle me semble proche d'une certaine manière de ce que je fais avec le flotoir, même si cela parfois me paraît vain. J'aime aussi lire dans le même article : il l’a appris parmi d’autres choses en lisant une masse hallucinante de livres. Pierre Bergounioux figure en effet une manière d’exception encyclopédique dans le paysage littéraire. On éprouve une admiration mélangée d’effroi devant une telle surhumaine capacité à ingérer la connaissance par tous ses bouts possibles. Comme une course effrénée pour ne pas perdre une miette de présence consciente au monde. De la même façon qu’il se jette à corps perdu dans le façonnage du métal et du bois, dans une continue quête de forme qui participe du même motif. Mais il lui faut à chaque fois s’interrompre pour les besognes domestiques, les travaux de réparation et de construction, l’éducation qu’il faut donner pied à pied aux deux fils, mélange d’impatience excédée et de plaisir du partage.
Que cela te donne du courage pour continuer ton flotoir, quels que soient ses travers et ses traverses, ses torts et ses raisons. Comme il vient, sans trop savoir. Un fil que tu suis, un fil d'Ariane, dans ce travail d'élucidation, cette tentative de compréhension et d'un minimum d'appréhension de la réalité ou de ce que tu crois être la réalité qui t'entoure, le reflet de ce qui se passe dans une conscience parmi d'autres en ce début de troisième millénaire
1Il s’agissait du Tome 1.

 

Le héros, le sujet
Terminé hier la première lecture du livre d’Hélène Sanguinetti, Le Héros. Et me trouve confrontée à une grande perplexité et à une difficulté : comment en écrire de ce livre, comment en rendre compte, par quel bout le prendre ? Et si c’était précisément par ce qui échappe, par ce qui se dérobe, par ce qui se diffracte à chaque instant, du sens, du point de vue ?
Et si c’était, en cette sorte de mimétisme que j’aime à mettre en œuvre quand je tente de faire un travail critique, suivre ces diffractions, ces réfractions à l’infini du sens, des sens (double sens) possibles....
Et cela tandis que se déroule le champ sonore d’une autre invite à la déstabilisation, temporelle, sensorielle, conceptuelle : les pièces en quart de ton de Ivan Wyschnegradsky.... : « nouveau monde sonore, quelque chose de nébuleux, avec des pauses circulaires, des zigzags d’instants frappés, des comètes sonores ».
Ne pourrais-je en dire autant du livre d’Hélène Sanguinetti, autre approche du sens, où les circulations entre les temporalités, les registres, les références se font en permanence, en présence de « zigzags d’instants frappés ».... ?

 

Un seul livre, celui que tu composes
et si pour toi, les livres ne formaient qu’un seul immense livre, celui qui se compose en ton for intérieur, de ces milliers de pages lues, comme strates empilées, comme couches sédimentaires, lente percolation vers ce fond qui serait un grand livre ouvert, recueillant ce qui a filtré de tes lectures depuis l’origine ?
Et tu penses à cette remarque de Jean-Christophe Bailly, dans Le Propre du langage, (Voyages au pays des noms communs, à l'entrée "Bibliothèques", sauf que toi tu ne dis pas bibliothèque, assemblée de livres multiples, tu dis livre unique). :
« Chaque livre est composé de lignes et se ferme sur elles comme une boîte. Dans l’empilement infini des boîtes à lignes, la bibliothèque écrit et suspend le rêve d’une ligne continue qui est comme un murmure : non le bruit des pages tournées par les lecteurs, assez semblable à celui du pas avançant sur un lit de feuilles, mais venant se poser sur lui comme une matière diffuse, la poudre ou le pollen de toutes les voix qui se sont tues et qui parlent » (p. 24)