Du lire
Etrange comme parfois on entre immédiatement, d’emblée, dans un texte.
Il s’ouvre, on y est. Le même texte, la veille ou le lendemain, absent, mort.
Même auteur, même livre et éblouissement refroidi. Plus rien n’enchante. Y
aurait-il donc parfois un état d’enchantement ? Et celui-là résulterait-il
autant du lecteur (la variable) que de l’écrivain ? A texte identique,
parfois le courant passe, le mouvement s’enclenche, tout parle. Parfois, rien
ne ranime le bonheur antérieur (mais cela n’invalide pas le bonheur à venir).
Prendre en compte aussi une résistance
[pour rester dan les termes liés à l’électricité] possible du texte. Et une
résistance éventuelle du lecteur (et de son inconscient qui s’est forgé arme
contre cette histoire-là qui le touche d’un peu trop près ?)
Ce serait peut-être aussi le trop d’attente et de désir qui grève le plaisir.
(11 novembre 2008)
Coupure générale
Repli dans la poche, boulée roulée, fondue en elle – silence habité,
sons étouffés et filtrés – quelque chose bouge, se soulève, lève enfin – des
bras, une tête, une silhouette – grave, elle perd son chemin et celui du temps
– course inutile, pendule arrêtée (L’horloge
de Bologne), figée, suspendue à un don – quelle heure n’a plus de sens
unique – à ne pas prendre à rebours, il en coûterait la rebrousse impossible,
chemin, vie, destinés – pas de rebrousse mais soubresauts – capter fretin et
bredouiller trois mots à bout de souffle puis s’endormir sur un coin de table (avec
cendrier de voyage) – c’était il y
eut une fois, le lieu de rencontres des pendus, des froussards et des filous –
tous ont filé et le ciel de traîne, trains stoppés, images arrêtées, rase-mortes
– coupure générale.
(30 octobre 2008)