Du centre de la terre,
les armées, les maléfiques et le bonheur, les inextricables sont en route – ils
se chevauchent, se disputent le chemin, la route, ils avancent, les vois-tu ?
dis, les vois-tu ? cortège funèbre, danse macabre, feux de joie, qui le
sait – flonflons et musique de foire, ritournelles et manèges – s’étourdir,
tourner à vive allure, ne plus entendre aux portes les coups sourds, la petite
voix de l’inquiétude – quelle ressas, quel ennui, laissez-nous jouer – mais des
caves, mais des souterrains, mais des puits, ces bouffées murmurantes,
soupiraux et bouches sombres à ras le sol, trous du souffleur – que
dit-il ? il répète, que fait-il ? il souffle le même ?
pourquoi ? personne ne veut savoir – et pourtant oreille au sol on entend
le grondement, le deuil en approche, la terreur qui monte, les lames de fond,
les hordes barbares, les troupes enivrées, le feu, le sel, la brûlure,
l’éruption – où sont les tendres, les doux, les sages ? devenus petits
broyats sous les presses, herbes tentant la repousse entre les dalles – ce
presque silence et le lent mouvement processionnel en appel de fond –
progression, invasion, le ton monte et l’eau et le feu, la boue, le sang –
implacable avancée du désert et de la nuit.
Cette petite tour
inversée au fond de l’eau, abîme dans l’abîme, puits du temps au creux du
monde, est-ce porte vers l’avant, est-ce ouverture vers l’encore insondé –
combien de temps, combien de paliers, quels artifices pour pouvoir descendre
là, au fond du fond, à l’encore plus fond, accéder à l’arrière-fond du fond.
Ce sont courses folles en
échine, dégringolades vertigineuses, il est temps – ouvrir les écoutes et
plonger, lac noir, mer immense, le sans fin et le sans fond à l’unisson, lieux
de toute perte, bulle d’air pour toute embarcation – et l’immersion – boule de
nuit dans la nuit d’eau, terre et feu abolis, seul le maelström, l’engrenage,
nourriture de la solitude [elle ne doit pas mourir, elle perdure, nulle part où
aller, rien à explorer, mais ce voyage sans fin] – surface sombre, sans
reflets, sans perspective, surface de métal brillant, glaciale, renvoi d’images
aplaties – ce qui fut, replié, refermé, les temps morts, paravents et parasols
abandonnés – le fatras des toiles et des plis, singe la mer et y trébucher,
monnaie courante – et quand le vent, gonflent cette eau et ces voiles, s’enflent,
démesurées, nappes, emballements, plaquent et l’heure venue, face devant contre, nuque tenue, sable
en bouche, crissant – royaumes sans roi et sans eaux, le plat, le sec, le seul
aujourd’hui à lui livré, opaque et terne.