Échelle
de corde dans le soleil
L’amorce, l’amande, une pente, une
inclinaison à suivre – orienter et laisser dérouler la longue chaîne de l’ancre,
bruit seul en guide – entendre, attendre,
lié à cette chaîne, à cette trame, attendre la remontée du son et des mots
lancés vers les fonds, le petit dire ténu et tendre qui se propage, revenu de
là-dedans, de là-bas, de peut-être – est-une chasse, est-ce une pêche, est-ce
une quête ? gibier, fretin, menue monnaie – dans ce vase, le seul butin d’un
jour inutile n’étaient la splendeur de la lumière et quelques éclats de voix –
l’inutile au cœur pour viatique avant la fin du chemin, la bretelle de sortie
Le double chant, le
double élan, l’infime aigu et le sourd lent et solennel – chemin de neige s’enfonçant
en sous-bois, petite âme errante de Walser et toutes ces vies minuscules qui se lèvent au passage, fleurs, herbes, papillons
et la lumière, voilée, intense, folle en sa danse et son jeu, nuages
intermittents – retour des âcres et des scies, étrangeté du presque là qui se
dérobe et laisse empreinte, empreinte seule sous la presse hydraulique – un murmure
au fond de l’obscur, un petit chant minuscule, serait celui d’un enfant perdu,
d’un Till parti à jamais, d’une âme oubliée dans le grand comptage universel,
Walser, toi encore − les violons des ghettos, leurs guirlandes sonores contre les gongs et
les grondements guerriers, le fracas de l’acier, la terreur du plomb – et ces
corolles au cœur de la nuit, ouvertes comme des bras, cœurs pulsant, corbeilles
d’accueil et de douceur – entrer là, comme en un lac, oublier la fureur, la
faim, la peur, l’effroi – si brève la trêve, si trompeuse la douceur –
reviennent les maléfiques et les furieux, les brutaux et les violences – mais dans
le sombre labyrinthe, sauts et gambades,
fusent les fusées lumineuses et les fous rires – s’asseoir, entendre, oublier
les trompettes, ouvrir l’orbe des corolles
Pas de fourmi, de coccinelle,
échelle de corde dans le soleil et l’onde là, mouvante, immobile dans la
lumière – quelques sons à peine pour dessiner la barque, la mer, ce paysage et
ce ciel, cette éternité de ciel, l’étale de l’infini, splendeur et effroi
Tarissement, l’eau douce
siphonnée, engloutie, séchée, absorbée par le creux, la rigole, ce trou béant,
sifflement de vipère – reflets mauves acier là où bleus encore il y a si peu et vivants et
primesautiers – craquelures de peaux, veines saillantes, le sec à l’œuvre,
défait tranquillement les mailles une à une, durcit le tendre, éteint le lumineux,
coud l’ouvert – petite arrache permanente et insidieuse
©florence trocmé