Venaille,
ça1 (Lire) « Moi j’avais ma
fureur. La grande fureur malade » (34)
Le grand poème ″A bord du
cargo Schelde″ : le poète semble là endosser une identité plurielle, autre,
fictive (pourquoi est-ce que je pense au Naufrage
du Deutschland ?). Il s’agit, car la réflexion sur la douleur et sur l’écriture
est omniprésente, de savoir comment traduire « le déroulé exact » de
la pensée.
J’ai souffrance, j’ai malade, j’ai
angoisse, dit-il. Construction ″J’ai + adjectif″: « j’ai craintif »,
(51). Interrogation sur le ça, avec la figure un peu caricaturale d’un Grosdèque
dans les premiers poèmes (27), menace, chose, quelque part, quelqu’un. Chaque
poème fonctionne un peu comme une vis qui s’enfonce, qui enfonce dans la chair,
le cœur, l’âme. « Quelqu’un se tient de nuit/lourdement obscur »
(46). On retrouve encore comme un dédoublement (propre à l’écriture, propre de
l’écriture ?), celui qui est immergé dans le monde et celui qui l’observe,
qui le scrute, qui le juge : « ô monde malade, mon devoir est de rendre
compte de l’état de tes nerfs ».(46)
Grande variété des
formes, chacune épousant ce qu’il y a à dire : textes brefs, textes plus
longs, un titre et un seul texte, un titre et deux ou trois textes. Des poèmes.
Trois onzains centrés en italique (sur le poème). Textes comme flux, fluides
corporels, sang. Textes comme plainte ou cri.
1Franck Venaille, ça, Mercure de France, voir Poezibao