« La
stridence de l’actuel » (Lire)
« Il n’y a de vie
pour moi que par le canal de l’écriture, en elle et à partir d’elle, c’est elle
qui fonde l’amour, l’intelligence du monde, le sentiment de l’existence et
toute expérience, c’est à partir d’elle, encore une fois, que toute chose
prenant son son prend son sens – aussi mon instinct est de couvrir d’écriture toute
surface possible, comme ça il y aura le plus d’existence possible » (Entretien
Dominique Fourcade, Frédéric Valabrègue, CCP n° 11, p. 16)
Note-glose : 1. Ce qui
n’est pas mis en mots et en sons dans le for intérieur n’a pas d’existence. Ou
une existence occulte, c’est tout le processus du refoulement qui alimente
certaines zones de l’inconscient et souvent pour le pire. 2. Écrire, pour détourner
une autre formule de Dominique Fourcade sur le vers, est une sonde. Souvent le
sentiment d’explorer quelque chose à la pointe du crayon, sans savoir du tout
ce qu’il y a à trouver, peut-être rien, avançant dans le noir, à tâtons.
Et dans le même
entretien, p. 13 : « je n’ai que l’écriture pour me rapprocher de mon
temps, le comprendre et comprendre ma condition. C’est en les transcrivant que
je les invente et me fonde ».
Note-glose : d’où l’étonnement
de voir surgir dans l’écriture le sentiment du désastre précisément, que la conscience tient à l’écart. A
rapprocher de cette citation extraite du livre en laisse : « [le présent] a constamment besoin de toute
la poésie. Réciproquement la poésie meurt si elle n’est pas branchée sur la
stridence de l’actuel » (cité CCP, p. 11). A rapprocher aussi de l’intense
émotion manifestée par Dominique Fourcade hier lors d’un magnifique « séminaire »
sur la poésie au Petit Palais à Paris, évoquant le climat de désastre de l’après-guerre,
l’importance d’une figure comme celle de René Char, alors, pour les gens de sa
génération puis bifurquant, la voix s’étranglant, sur le fait qu’aujourd’hui
presque personne ne semble conscient que nous sommes de nouveau dans le
désastre.