l’idéalisation
de l’écrivain (Lire)
Antoine Emaz, dans Cambouis (à paraître au Seuil le 19
février), écrit qu’on « idéalise trop l’écrivain » et que « c’est
méconnaître tout le côté cambouis ou cuisine de cette activité. » (23) Il
a raison. Écrire ne donne aucune dignité, aucun statut, ni pouvoir, ni position.
Écrire est au mieux un mode d’être, une exigence, un travail sans fin et
surtout pas une ″couverture″ (sociale). Il s’agit d’écrire « aussi loin »
qu’on le peut dans « l’espace qu’on s’est taillé dans la langue »
(20). Travail au présent donc, inlassable et travail (exaltant) antérieur, simultané,
futur, de découvertes, de lectures à perte de vue, à longueur de temps et de
vie, pour forger petit à petit cet espace-là bien particulier : « je
suis convaincu que ces lectures accumulées forment un terreau nécessaire. Et
lire beaucoup reste peut-être la meilleure façon de ne pas se faire piéger par
une œuvre particulière, une admiration » (17). Rien ni personne n’est
digne a priori d’admiration, tout (ou presque) est digne a priori d’attention.