Valéry et Léonard
de vinci : paysage
« Les actions des forces
naturelles concurrentes qui font de tous les lieux de la terre autant de monuments
accidentels de leur conflit » (Paul Valéry, introduction aux Carnets de Léonard de Vinci, Gallimard,
collection Tel, 2006, p. 8)
Noteglose : je retrouve la précision extraordinaire et originale de la
phrase valéryenne, cet art de dire tant en peu de mots, ouvrant de multiples
pistes de recherche, de réflexion. Ici, quelle clé pour « lire » un
paysage, chercher le jeu des « forces », l’eau, le vent, les
mouvements sismiques, le modelage en douceur ou en force qui a déterminé la
forme de cette colline, le creux de cette combe, le plat de cette plaine…. ! Pourrait
presque être une arrière-pensée pour la composition photographique.
Valéry et Léonard :
« sans égard aux catégories »
« Le trésor qui s’amassait en
lui n’était pas une somme de vérités qui demeurent distinctes et étrangères les
unes aux autres. Mais toutes ces observations si diverses se combinaient
incessamment entre elles, et comme la variété des aliments se compose dans le
sang et dans la substance unique d’un vivant, elles concourraient à la
formation d’un pouvoir intellectuel central, capable des applications et des
créations les plus imprévues. Usant indifféremment du dessin, du calcul, de la
définition ou de la description par le langage le plus exact, il semble qu’il
ignorât les distinctions didactiques que nous mettons entre les sciences et les
arts, entre la théorie et la pratique, l’analyse et la synthèse, la logique et
l’analogie, distinctions tout extérieures, qui n’existent pas dans l’activité
intime de l’esprit, quand celui-ci se livre ardemment à la production de la
connaissance qu’il désire. [...] [Il] poursuivait [...] son plaisir de
comprendre et de forcer le mystère des choses, sans égard aux catégories qui
conviennent aux écoles et au commun des esprits » (ibid. p. 8)
Noteglose : objet de la quête, non seulement collecte mais assemblage,
composition/recomposition, afin que poésie, musique, grammaire fusionnent en
une unité supraconductrice.
Et toujours tamiser, tamiser, tamiser, tonnes de boue et de sables pour
quelques milligrammes de métal.
Cette idée de l’activité intime de l’esprit
(lequel ne distingue par nécessairement, sauf dressage et forçage, hélas, le
travail de pensée du travail de rêve, d’imagination, de poésie, admettant le
flou, le bougé, le non-conforme, l’écart avec le dogme. Y compris le plus
insidieux, celui de la bien-pensance qui ne se situe pas forcément toujours où
on croit (une brillante et intelligente chapelle peut être un lieu redoutable
de bien-pensance stérilisante).