Emaz,
Cambouis1 (lire)
« Un poème c’est de
la langue sur une émotion qui rend muet » (Antoine Emaz, Cambouis, Le Seuil, coll. Déplacement,
p. 8)
« Par les mots je me décale » dit-il et cela rejoint l’intuition sur
une sorte de dédoublement perceptible chez Venaille. Par l’écriture, décalage
de l’émotion, de la souffrance (évident aussi dans les notes de deuil de
Barthes2).
« Il faut qu’un livre me touche, qu’il me donne un surcroît de vivre
autant que de langue » (11). Magnifique critère de « jugement »
pour un livre et renvoi à deux notions qui me sont importantes, la poésie qui
doit « agrandir le monde » et les registres « cœur/corps/âme/esprit
(pensée) », dont l'un au minimum doit être « touché » par la lecture et considérant que les très grands livres atteignent toutes ces cibles.
« La poésie reste pour moi la parole la plus apte pour avancer encore,
dans le noir » (16)
« Besoin de me concentrer sur une forme d’attente ou d’écoute interne » (16)
Petite glose : images d’un au bord de l’écriture, du pencher sur le puits,
de l’attendre qu’un petit paquet de mots arrive, monte ? surgisse ? se
forme comme un train…..
Avec une sorte de tension intérieure comme dans l’écoute, dans l’attention,
dans la scrutation. Aiguiser les capteurs, les focaliser aussi (ce qui donc
exclue, restreint le contexte) pour tenter d’entendre, de saisir quelque chose.
Remontées d’images du jour, d’émotions non identifiées et fondu enchaîné et
amalgame et chimères et construction, dont la résultante parfois est le petit
train de 2, 3, 5 mots, germe possible d’un texte.
1Antoine Emaz, Cambouis,
Le Seuil, 2009, voir Poezibao
2Roland Barthes, Journal de
Deuil, Seuil/Imec, 2009