Comment ça marche l'attention ? Quels sont les rapports entre mémoire et attention ? (question suscitée indirectement par Valéry)
Il me semble qu'il y a dans l'attention une sorte d'effet de polarisation. L'ensemble des préoccupations, tout ce qui fait diversion est soit écarté, car hors du champ magnétique, soit orienté par le dit champ. Il y a effet d'attraction mentale sur un point particulier, qui peut par exemple être une information entendue plus ou moins par hasard et qui a trait à un domaine particulier d'intérêt. Imaginons par exemple qu'on annonce à la TV dans un journal rempli de faits divers plus ou moins crapuleux (très à la mode de nouveau de nos jours) un reportage sur la musique classique (inutile de dire que la probabilité en tend vers zéro !) : tout de suite se produit un phénomène physique et psychique comme si corps, machine cérébrale et mémoire se mobilisaient pour mieux capter, recevoir et sans doute stocker cette information. Qui en plus a une destination en quelque sorte, puisque la dite machine cérébrale a déjà été très largement sensibilisée à toute cette sphère : il y a là des « sites » où l'information nouvelle va pouvoir venir s'accrocher, des notions, des connaissances, des souvenirs qu'elle va pouvoir mettre en résonance.
D'où sans doute notre capacité de mémorisation tellement meilleure quand le sujet nous concerne ou nous touche. Et aussi les difficultés des enfants à solliciter leur attention quand il n'y a pas cette petite induction initiale. Un enfant distrait, si soudain on lui parle d'un sujet qui l'intéresse, va immédiatement mobiliser ses facultés pour l'accueillir alors que l'énoncé précédent, portant par exemple sur un sujet scolaire qui ne le « branche » pas (l'expression argotique revêt ici une étrange vérité !) le laissait inerte psychiquement : donc sans attention, sans mémoire.