Bien mystérieux phénomène que celui qui enfouit si vite sous une épaisse couche de buée des notions quelques jours auparavant si fraîches et si présentes dans notre mémoire, ce thème, ce livre, cette image, cet apprentissage, si importants pour nous il y a si peu de temps, -sinon hier, du moins avant-hier ou juste avant- et qui soudain acquièrent un étrange statut de fantômes, ombres fugitives qui semblent passer en courants d'air dans les couloirs labyrinthiques de notre monde intérieur, acteurs sortis de la scène dont ils occupaient le devant il y a quelques heures à peine. Nécessité sans doute de « débarrasser le plancher » au sens le plus prosaïque du mot, sans quoi la scène, puisque scène il y a, serait tellement encombrée que plus personne ne pourrait s'y mouvoir. Il n'empêche. Ce phénomène est troublant et frustrant.
"la mémoire, comme un ouvrier qui travaille à établir des fondations durables au milieu des flots" (Proust)