PASSAGÈRES DES TEMPS ENFOUIS
D’une pierre éclatée, mille brisures, fragments d’étoiles mortes, lancés
dans le noir d’entre elles, à tire d’ailes – longue, longue traîne du son et
ses résonances – heurtant doucement les parois les tympans se lovent et se
reprennent – roulent à nouveau vers l’avant l’arrière l’en dessous, dimensions
d’espace multiples, accueil de l’écho, répercussions par myriades – embarquer à
bord de ces sons-là, emporté par l’écho, la voix lointaine engrammée dans ce
qui résonne à perte d’oreille – le labyrinthe s’éclaire par moments puis la
nuit se referme – ci-gît le chant, ici enclose la voix – d’où êtes-vous, qui
appelez-vous ainsi, qui êtes-vous, du fond du temps un instant levées,
passagères des temps enfouis, immense cohorte des en-allés à jamais défilant
sans relâche, là, juste sous terre et peau ?– cortège des disparus cousus
de leur doubles, instants du présent qui s’engloutissent à chaque instant dans
le néant – passez passantes du passé, passez revenants de l’hier et vous venant
de l’à-venir – passées d’oiseaux en ombres chinoises sur les voiles de l’âme.
©florence trocmé