PAUL AUDI, AVEC HEIDEGGER ET JOUVE SUR LES POUVOIRS CRÉATEURS
« L’effet exercé par l’œuvre d’art n’est autre que le réveil, dans
l’âme de l’amateur, de l’état de créateur (Heidegger, dans son Nietzsche, cité
par Paul Audi, Créer, Verdier, p. 185)
Paul Audi qui cite ensuite Jouve : « Par la musique l’homme doué de pouvoirs
est transporté dans ces pouvoirs » (cité par Paul Audi, qui cite Benjamin
Fondane qui cite Jouve !!!!)
→ces citations entrent en résonance étroite avec ce sentiment très fort que la
lecture a quelque chose de créateur, qu’une vraie lecture est une expérience, qui transforme le monde et
soi-même, qui ouvre non seulement de nouveaux champs, donne accès à de nouveaux
possibles mais aussi vient ébranler en soi ce que Jouve appelle des pouvoirs, autrement dit la potentialité
créatrice en chacun, créatrice d’une œuvre mais pas uniquement, créatrice de
soi-même, non pas du tout dans un domaine psychologique mais plutôt dans le
domaine ontologique, de soi-même en tant qu’entité potentielle en devenir et à
développer, en toute connaissance de sa finitude (Bonnefoy). C’est dire et
redire le rôle fondamental du livre, de la lecture, du commerce des œuvres d’art,
musique, peinture, littérature qui sont là pour nous rappeler sans cesse cette
nécessité de la vie intérieure et notre potentiel qui n’est pas comme on
voudrait nous le faire croire celui d’un simple consommateur. D’autant plus
nécessaire en effet que le contexte de la société fait tout, volontairement et
involontairement, pour détourner chacun de cet essentiel et pour le perdre dans
l’accessoire et le divertissement décervelant.
PAUL
AUDI ET LE POUVOIR DE TOUT ART
Paul Audi pose (187) la question : « Est-il vraiment au
pouvoir de tout art de transporter l’homme dans ses pouvoirs propres, de le
replacer au cœur de cette subjectivité vivante, à la fois dynamique et
pathétique, qui le déborde de toutes parts »
→pour ma part, je pense que chacun est sensible à certaines longueurs d’onde et
d’autant plus sensible qu’il aura travaillé son instrument, œil ou oreille, intellect
ou sensibilité.
Les « pouvoirs propres » (= stimulation précise, déclencher quelque
chose de particulier ou élan plus général, impulsion à la création ou à l’action)
peuvent concerner l’écriture, la peinture, la musique (composition,
interprétation, écoute active) et l’art qui éveille les pouvoirs de l’un ou
plutôt qui rencontre le pouvoir équivalent, fut-il embryonnaire ou minime de l’un,
restera impuissant à faire bouger l’autre.
ŒUVRE
D’IMITATION ET ŒUVRE DE CRÉATION, MÉMOIRE ET OUBLI (P. AUDI)
Paul Audi oppose l’œuvre « d’imitation et de mémoire » et l’œuvre
« de création et d’oubli »
→ce livre m’apporte d’ores et déjà de très bons instruments pour comprendre ce
qui fait la différence entre un très grand livre et un bon livre, entre un
créateur essentiel et un artiste de talent.
→Toute une vie nécessaire et sans doute pas suffisante – c’est le destin de
beaucoup de créateurs en puissance jamais arrivés à maturité – pour déplacer le
curseur de mémoire à oubli, pour effacer tout l’acquis stratifié (et accumulé
avec grande imprudence – il me semble que Michaux a écrit là-dessus), pour
cesser de fonctionner avant tout comme mémoire – cette mémoire étant aussi bien
celle par exemple des apprentissages de la langue que celle des centaines et
centaines de livres lus et dont en fait on sait très peu – cela n’a pas été
étudié, jamais – la trace réelle chez le lecteur, trace tant matérielle que
psychique, trace cognitive et coin dans l’inconscient.