Un nouveau journal de
lecture qui ne commence pas par le début du livre, je m’en explique,
ci-dessous. Ce livre : Créer, de
Paul Audi, éditions Verdier, 2010. (Sur le site de l’éditeur,
avec de beaux articles de presse, notamment de Roger-Pol Droit.)
PAUL AUDI
Je reprends Paul Audi. C’est un peu difficile car j’ai laissé ça en
jachère depuis juin ou juillet.
Mais je ne veux pas reprendre du début, plutôt me fondre dans le fil de cet
essai, de ce travail sur l’acte créateur en me laissant porter.
Je note : « Créer est cet ″évènement″ d’ordre esth/étique qui
consiste à redonner de la puissance à la vie, en lui ouvrant le champ des
possibles » (Créer, Verdier, 2010, p. 163)
→je retrouve là ma vieille et assez banale idée que m’intéresse, me parle, me
touche, me pousse l’œuvre qui d’une manière ou d’une autre agrandit le/mon
monde. Sans les livres et sans la musique, je serai d’une grande pauvreté intérieure.
Ma caverne d’Ali Baba doit sa richesse à la littérature et à la musique, à la
fois filtres, explications, mises en sens, contestations de ce qui m’advient,
de ce qui m’entoure.
« Tous les artistes produisent des œuvres mais ceux qui créent sont ceux dont
la production instaure un domaine de
possibilités qui ouvre la vie à une dimension nouvelle et inaperçue »
(163)
Instaurer les possibles cela veut dire « œuvrer de manière à ce que les
possibles suscitent à leur tour de
nouvelles façons de sentir, d’imaginer et de penser (168)
→ce serait là la « mesure » d’une création : agrandit-elle le
champ de sensations, de l’imagination, de la pensée ? Pour prendre un exemple
simple, est-ce que les toiles cubistes de Picasso ont amené une modification de
la perception (ou plutôt en fait de son élaboration) de la réalité. Est-ce que
l’œuvre de Van Gogh (Paul Audi y fait beaucoup référence) ou celle de
Chostakovitch ont changé définitivement quelque chose dans la façon dont nous
appréhendons le monde. Ces réalités-là étaient présentes mais latentes et la
force des vrais créateurs est de les révéler. Je ne suis pas sûre qu’on puisse
dire qu’ils créent de la réalité mais ils dévoilent en elle quelque chose d’encore
non vu, in-vu, impensé, in-senti même, pressenti parfois mais non consciemment
et sans qu’aucune élaboration ait été possible par leurs contemporains : « il
appartient à une œuvre de création d’inaugurer
– ou d’initier – des manières de sentir, d’imaginer, et de penser que l’on ne
soupçonnait pas auparavant. »(168).
FORME-SPIRALE
Dans le livre de Paul Audi, à partir de Rilke sur Van Gogh, cette
remarque « toute forme est une spirale, toute évolution un involution,
toute couleur une impression originaire »
Peut-être aussi cela que je cherche dans l’écriture et dans la lecture, un
texte spirale, qui ne commence ni ne finit, mais qui se poursuit, se développe,
bouge et arpente le temps à l’endroit et à l’envers, dont le sens est ouvert et
non figé et qui serait comme entraîné par un flux, avec ce dont parle aussi
Audi à propos de Van Gogh, une saturation
rythmique. (182)