Lire, disent-ils (elle aussi ici)
« Lire = aimer, qui n’est pas séparable de la simultanéité : lire = penser, ce qui donne finalement lire [aimer + penser] = écrire », Paul Otchakovsky-Laurens, préface de Les Roues Carrées, poème-essai de Jean-Luc Bayard, éditions Ypsilon.
→ mon radeau flo(t)tant est-il construit sur autre chose que cela ?! Écrire d’[aimer et penser] lire
Critique et admiration
« et c’est ainsi que l’exercice critique sortant de ses ornières et l’exercice d’admiration envoyant promener ses œillères, ils se transforment ensemble en une écriture. », Paul Otchakovsky-Laurens, préface de Les Roues Carrées, poème-essai de Jean-Luc Bayard, éditions Ypsilon.
→ on peut aussi écrire la proposition dans l’autre sens, umgekehrt ! L’exercice critique perd ses œillères (souvent dues à une forme de rigueur obligée, obligatoire, aux diktats "universitaires", aux grilles de lecture sollicitées ou inconscientes, etc.) et l’exercice d’admiration sort de ses ornières, trop d’admiration étant souvent carrément enlisant (en lisant on s’enlise parfois, soit par ennui, soit par excès d’admiration, paralysante), enlisant donc sinon pour la pensée (mais cela arrive) en tous cas pour un allant partageur de la plume !
« Épanchement du livre dans la vie réelle » (Jean-Luc Bayard)
« tournant décisif en 2005 où se fait l’épanchement des livres dans la vie réelle » (15)
→ Si parlante et forte cette référence à Nerval, et tellement en phase avec mon expérience actuelle d’une sorte d’exsanguino-transfusion par moments de la vie, de moi-même avec le sang transfusé des livres (et de la musique).
→ et renvoi à l’expérience adolescente d’une telle immersion dans la lecture, singulièrement lors de l’été tant détesté, que j’en perdais le contact avec la réalité. L’état d’épanchement simultané du rêve et du livre dans la vie réelle, qu’il s’agissait d’effacer, oublier, ennoyer au maximum par cet épanchement même.
Dispositif du livre de Jean-Luc Bayard
Il l’expose avec précision.
Je pense soudain au dispositif imaginé par Benoît Casas qui extrait de ses lectures d’un an un certain nombre de citations, puis qui les assemble et par gommage seul, compose un texte poétique.
Ici le dispositif est différent :
1. Projeter 12 suites poétiques ;
2. Corréler chacune à un livre de Bernard Noël ;
3. Chaque suite explorera en outre un genre poétique (ce qui donnera confrontation d’un livre et d’une forme poétique)
Appropriation fécondante (Jean-Luc Bayard),
On comprend donc qu’il s’agit d’une démarche très originale, très neuve et peut-être riche d’avenir. Avec une sorte d’effacement de l’autre (autre, auteur, toutes lettres en commun sauf une !) dans l’appropriation fécondante que fait le lecteur du livre et presque du corps de l’auteur. Il y aurait alors des textes sans cesse repris, de génération en génération (mais n’est-ce pas le cas avec maints récits antiques ?), avec passation, mutation, parfois résurrection. Ici on a les deux premiers maillons d’une sorte de chaîne, Bernard Noël et Jean-Luc Bayard, mais cette chaîne pourrait se répliquer et continuer à l’infini, à partir du ou des gènes princeps, comme ici tel ou tel livre de Bernard Noël (ou d’un autre, Michaux, Roubaud, Butor... etc).
Des « enfantillages »
Jean-Luc Bayard donne un premier ensemble poétique, sous forme de comptine (il dit l’importance des enfantillages [c’est lui qui souligne] et notamment du coloriage et du puzzle, qui sont deux manières, dit-il, de traiter les bords (18).
Et d’emblée, des exemples de ce que j’ai dit récemment dans ce flotoir être une sorte de rêve, coudre la citation à même le texte de façon complètement naturelle. On comprend que l’insert noëlien va être omniprésent, mais très subtilement imaginé.
Forme de virtuosité poétique : ce premier texte poétique est aussi un acrostiche avec toutes les lettres de l’alphabet en début de vers.
La 2ème série poétique fonctionne aussi sur le principe de la comptine ou de la petite rengaine (sans doute une forme plus précise mais que je ne sais pas identifier), reprise des chiffres et insert de citations de BN « la mort au ralenti » ou « solitude du crâne » (22)
Du poème à la prose
Sentiment de profond « confort » à quitter déjà les poèmes (mais pas par lassitude ou ennui !) pour retrouver l’écriture de prose, une prose qui tire (mais tire seulement) du côté de l’essai – mêmes petits blocs de 6 ou 7 lignes que dans l’incipit (peut-être un nombre de signes fixes, il faudrait vérifier)
Question posée : prose ou poésie ? citation de BN (Bernard Noël) par JLB qui me renvoie à CP (Prigent)
BN : « un roman est écrit à la machine, un poème au stylo »
CP « la composition de prose s’apparente à celle de la musique, celle de la poésie a plus à voir avec le graphisme, la plastique ».
→ à ce stade je me demande si ma lecture du livre va être gênée par ma fort mauvaise connaissance de l’œuvre de Bernard Noël.
De la contrainte
Apparition p. 24 de Jacques Roubaud et Harry Matthews = le monde des contraintes est bien présent, autour des chiffres et nombres en particulier ! Et juste après, autre confirmation, voici Michelle Grangaud (et l’évocation, ricochets continuent, d’un bimot dont je ne sais si MG l’a utilisé dans son livre récent Les Temps traversés, « messe blanche », emprunté bien sûr à BN (je fonctionne ici intentionnellement avec les initiales pour tenter de donner un peu conscience de l’effet de vertige et de circularité que tout cela suscite !) et de plus voici que JLB pratique aussi la technique par effacement de Benoit Casas, en extrayant un tercet en forme de haïku de chaque page d’un livre de BN, ce qui donne... pages fondues.)
→ On se dit alors que le livre va aussi être un inventaire et plutôt du genre brillant. Avec effet de mimesis ? Mais encore une fois, sentiment que je connais bien trop mal l’œuvre de BN pour pouvoir tout comprendre et goûter et pour attester cette intuition-là, tout au plus puis-je le supputer, au vu de....
Je note aussi, je n’en ai pas encore saisi la raison, l’importance des dates.