Ariane Lüthi et la note
J’en ai fini avec la longue introduction générale, parfois un peu répétitive et je me réjouis d’entrer dans le vif de l’un des deux sujets du livre, la note chez Perros.
De l’impulsion
Un système inerte – il semble impossible de le mettre en branle ou qu’il y faudrait un effort démesuré – et pourtant une impulsion minime peut y suffire, une décision minuscule, un microscopique passage à l’acte – si formés, premier mot, première note, amorce et déclenchement, l’écriture, le travail musical.
Note écrite et note de musique (Perros)
Perros qui compare la note (L. souligne qu’il n’a pratiquement publié que des notes hors ses deux livres de poèmes) avec la note de musique : « la note doit être écrite dans une espèce de vitesse, c’est pourquoi je peux parler de la musique, évidemment, ça a un rapport avec la musique, ce sont des notes, des notes de musique. » (L. 109).
L. attire aussi l’attention à l’orée de cette partie – et cela évidemment m’intéresse – sur le fait que « notes et vers se trouvent rapprochés tout au long des Papiers collés. » (110)
Dans les « tonalités » relevées par Jude Stefan : « humour, générosité, consternation, misère ». À proximité souvent du langage parlé dans un grand art de la rupture et de la coupe.
Perros, la note, l’aphorisme
la note – d’essence féminine
l’aphorisme – un « caillou »
et cela, cruel portrait (de Perros ou de ...moi ?) : « Faiseur de notes invétéré sur quelle marge puis-je les prendre, sinon sur celle de l’immense livre ouvert qu’est la vie. Et qu’est cette vie, sinon le texte de l’Autre, follement sollicité. »
→ je peux traduire les choses ainsi : faire de sa vie un livre, pour la sauver peut-être mais comme on en est incapable, manger l’autre, son texte, sa vie, ses œuvres, pour faire un livre qui serait une vie. Noter le caractère vicieux du cercle...et de l’acte.
Notes = déchets ? (Perros)
Perros parle de ses notes comme de déchets (moi de certains textes que je voudrais écrire comme de ballots compactés à partir du contenu de la poubelle du jour !).
Roudaut/Perros
Trois caractéristiques relevées par Roudaut chez Perros et qui toutes me parlent !
- goût musical de la phrase (musique a-rythmique)
- amour des coulisses plus que de la scène
- recours constant aux essais de voix
→ Trois fois, je ne peux éviter de le noter, que je me dis que ce Perros (dont j’aime La vie ordinaire mais n’ai pas lu les Papiers Collés ((ce qui ne saurait maintenant tarder)) est... un frère.)
De l’impulsion, bis
tracteur ou pousseur ? l’inertie, masse-plomb, poids-atlas, quelle impulsion pur l’ébranler ? – labourer, creuser, pelleter, cela remplira-t-il la brouette (rouge, of course) ? – appuyer, ébranler, pousser, peut-on compter sur le dit effet papillon ? – inertie, entropie, sœurs non jumelles mais liguées, comment déjouer leur puissance ?
Gregory Crewdson et Chantal Akerman
Cette très curieuse et immédiate superposition de photos de Gregory Crewdson présentées dans une exposition à Baden-Baden (reportage Arte) et des scènes du film « Jeanne Dielman » de Chantal Akerman. Une scène presqu’identique, une femme et son fils autour d’une table dans une pièce baignée d’une lumière bleue – cette scène du film où Delphine Seyrig et son fils sont dans la pénombre de la pièce à vivre, ponctuée incessamment par le balayage d’une enseigne lumineuse clignotante toute proche... De même une photo de chambre à fait resurgir celle de la scène du « crime » à la fin du film, la banalité proprement atroce de la chambre, le poids de ce qui s’y passe (la mère qui se prostitue pour subvenir à leurs besoins à elle et à son fils puis le meurtre du client.) Dans le film de Chantal Akerman comme dans la photo de Gregory Crewdson cette impression que le temps est pris dans le formol ou la gélatine.