De la note
Alertée (positivement) par un article du site « Fabula », je sors de la file d’attente Pratique et poétique de la note chez Georges Perros et Philippe Jaccottet, d’Ariane Lüthi (Éditions du Sandre). Livre donc sur la pratique de la note, sujet éminemment sensible pour moi.
D’emblée l’auteur parle de « poétique des marges » et je me dis que cette belle formule entre en résonance avec ma question sur la nature (et l’intérêt pour autrui) du flotoir.
Tentative écriture, le grey cake
Écrire comme je le fais dans mes ébauches de poème une sorte de condensé de l’amalgame de pensées et sensations et émotions du moment et du jour. Est-ce cela que tente et fait Bernard Collin ? Rendre compte de l’imbrication et de l’étrangeté de ce grey cake (je pense au yellow cake, ce concentré d’uranium, qui présente une étape intermédiaire avant l’obtention du combustible nucléaire et que j’ai vu hier dans des sortes de machines à tambour, dans un reportage sur le nucléaire iranien).
Pas tant pour dissimuler le réel d’une vie sans intérêt pour autrui que pour être le plus collé possible au mode de fonctionnement d’une conscience, à l’insertion d’un être lambda dans le monde à un moment T, pour être aussi en phase avec les recherches valéryennes, comment tout cela fonctionne-t-il, perceptions, sensations, mémoire ?
Comme si être λ + T = grey cake, résultant d’une sorte de précipitation partielle des flux. Une part infime en partie élucidée/énoncée, une autre juste sous la ligne de flottaison (parfois repêchée par le flotoir !), et la plus grande part soit déjà détruite, soit enfouie dans les abysses, soit ayant commencé à filtrer → nappes phréatiques, ou ayant commencé à être filtrée en futurs minerais, minéraux, roches, etc.
Ariane Lüthi, la note : texte autonome
« Examiner comment la publication de livres de notes tend à transformer celles-ci en textes "autonomes", que l’on pourra qualifier de notes poétiques.
→ même si je suis méfiante devant l’usage, ici, du mot poétique, force m’est de constater que c’est au fond la question que je me pose vis-à-vis du flotoir, lorsque je me demande s’il fait œuvre !
Je pense aussi à Antoine Emaz et à Lichen, lichen ou Cambouis....
Perros, poète celui qui
[les citations de Perros pendant quelques temps seront bien sûr empruntées au livre d’Ariane Lüthi]
« poète celui qui accepte d’être esclave attentif de ce qui le dépasse. » (Papiers collés III, Lüthi, 16)
Coccia
Un simple petit crobar ce soir, pour tenter de ne pas perdre l’objet de vue/
OBJET↔image/miroir/photo↔SUJET
Ce dont il parle, ce qu’il appelle le monde sensible, c’est l’entre-deux, autour de la notion d’image, précisée par l’image dans le miroir, dont pour se faire bien comprendre, il a détaillé des caractéristiques très paradoxales dans le début du livre.
Neuron firing
Y aura-t-il flamboiement à la surface du lac, neuron firing ou seulement étale dépressif, noyage d’étincelles – non pas corrompre le matériau, l’enrichir comme uranium, hétérotopes en grand nombre, source de saveurs – comme quarks, cake de gluons et ta sauce alliée à l’autre sauce et à la pâte pour cette onctuosité – quelle consistance les cellules gliales, visqueuses, gélatine, limaces, gummi ? quelles propriétés et dans cette poisse les poissons électriques, neuron firing, s’allument, crépitent au passage de l’excitation – mirifique théâtre, splendides représentations dans la caverne crânienne – gestes aussi beaux que gestes des ringers avec leurs cloches de bronze – un alliage le bronze, chercher alliages et attelages, fusion d’hétérotopes et bouillie d’hétérogènes, mes gliales et neurones.
Écrire la pensée pensante comme elle va
Le but serait d’écrire la pensée. Non pas la pensée propre (philosophes), non, la pensée sale, hétéroclite, hétérogène, exquisément (oui !) éclectique, mal venue, ignorante et amalgamante, impersonnelle et calquée, la pensée pensante comme elle va à hue et dia beaucoup plus que limpidement, droitement, bellement, respectueusement – la pensée qui merdre, la pensée râlante, l’ergotante, la bébête, la pensée singe (et savant celui-là), la pensée qu’on a, la pensée qu’on est, pincées de poivre, de sel, de sucre – non d’arsenic, trop fort pour soi, plutôt dentelles et maladroites, à l’aiguille, zéro pointé, on tire quand même – la pensée associative, encline à l’embranchement, la divergence, la digression, la divagation, incapable d’aller droit, impuissante à logique et déduction – pensée sale, scories, rebuts, matériaux recyclés à foison, pur et original taux minime – la pensée sautant, vivante, allant, jouissant d’elle-même en dépit de son peu de reluisant – une pensée propre, à soi, quelconque, brouillon général, zibaldone, potage, brouet trop clair (beaucoup d’eau, pas de viande et quelques croutons goûteux).