les citations d’Ariane Lüthi
Je ressens la cohérence, ou du moins une certaine cohérence (par rapport à quoi, il faudrait le préciser) dans le corpus de citations d’Ariane Lüthi, un peu comme je l’avais sentie dans le livre de Jean-Claude Mathieu sur les inscriptions : autrement dit on tourne autour des mêmes soleils. Il faut juste espérer que ce n’est pas au détriment de l’ouverture sur la poésie en train de se faire. Chez Lüthi, les « revenants » sont Chappuis, Valéry, du Bouchet, par exemple...
Perros, via Lüthi
« Faire exprès de ne pas faire attention » (L. 74)
et cela aussi, magistral :
« Je ne travaille pas, je suis travaillé. Et ce travail ne débouche sur rien. Ne me rapporte rien » (in Papiers collés II, cité p. 75)
→ Magnifique notion que ce « travaillé » : comme si le champ intérieur était sans cesse labouré, semé, récolté parfois, envahi aussi par les mauvaises herbes, du fait de quoi : soleil, eau, lumière, nutriments divers. Pour le champ intérieur, ces nutriments sont à la fois l’expérience (ce que certains appellent le réel, notion pour moi très floue) et les nourritures spirituelles, les livres, la musique. Ce qui suscite la réflexion.
figure de corruption
étale de l’eau, étale de la neige, l’immense et le minuscule, la flache, le rebut sale, foulé, pétri de pas – lente décomposition de l’immaculé en coton grisâtre, figure de corruption – de la simplicité parfaite au cadavre gangrené, le corrompu d’impuissance, le découragement entropique en cul-de-sac, chaos et saccage pour un instant de hors temps, hors lieu, un paysage de neige.