Perros et Hohl
Cherchant le livre des Papiers Collés dans ma bibliothèque (je sais en avoir au moins un tome), je le trouve et non loin, le magnifique Notes de Ludwig Hohl, que l’on pourrait ajouter me semble-t-il à la liste des grands noteurs.
« À retenir, à propos du piano : si, sans le toucher, on produit un son près de lui, il résonne. L’universel – vu de bas en haut – représente une organisation musicale, comparable. Si tu fais les bons mouvements, grands ou petits, peu importe, l’univers vibrera » (Ludwig Hohl, Notes, L’Age d’homme, 1989, p. 122)
Que je rapproche de la remarque de Perros sur la note qui doit sonner et résonner, si elle est juste.
Une anthologie d’échos
...dont j’ai toujours rêvé, qui tel un marabout géant, sauterait de citations en citations, toutes époques, lieux et personnes confondus, fondée seulement sur les échos, les résonances, les analogies....
Elle est peut être latente dans le flotoir ?
Perros et la biographie
« Vouloir en savoir plus long qu’il n’est permis sur un écrivain [...] c’est le goût du meurtre qui l’explique. » (Pc 1 48, cité par Ariane Lüthi, p. 148)
→ il n’y va pas doucement sur ce sujet... Doit-on lui donner entièrement raison, de toutes les façons ? Je crois qu’en effet c’est la façon qui compte, la démarche, ce qui anime le chercheur ! Simple instinct de voyeur, déjà répréhensible, fouilleur de merde, beaucoup plus contestable ou bien l’idée sans doute fausse que la vie explique l’œuvre. Sujet mille fois rebattu mais qui reste intéressant. J’ai du mal à délier mon intérêt pour une personne de celui pour une œuvre quand j’ai la chance de connaître l’auteur, un tout petit peu ou mieux. Mais c’est au fond ne pas faire tout à fait confiance à l’œuvre que de chercher à savoir en dehors d’elle, peut-être ?
Perros et la venue de l’écriture
Chez cet homme totalement dépourvu, il me semble, du romantisme de l’écrivain, celui-là même que je vois trop souvent à l’œuvre, de façon caricaturale et imbécile, cette curieuse assertion que les « moment d’écriture » correspondent à un « état de transe » où l’auteur est comme « expulsé de lui-même » (cf. ce que dit aussi Auxeméry, avec insistance, ces derniers temps, à ce sujet), assertion qui devient peut-être plus compréhensible si on la complète de cette autre remarque « c’est bien l’écriture qui travaille le poète, et non pas l’inverse. »
→ Variation sur le thème « je ne travaille pas, je suis travaillé ». L’idée mallarméenne évoquée juste avant par Ariane Lüthi du poète qui « cède l’initiative aux mots » les laissant « s’allumer de reflets réciproques » (cité p. 152 et 153)
Penser... noter
(me fait penser à l’exergue valéryen du flotoir : « Retenir, noter, comprendre, combiner, prolonger, préciser. » !
Valéry qui dit « penser c’est perdre le fil », à rapprocher de l’idée de Perros que la note est liée aux pensées involontaires. Et que nous sommes responsables de ces idées et que nous devons les assumer « dussent-elles ruiner un patient édifice » (cité p. 131). Celles dont je dis qu’elles se manifestent précisément quand le fil (à plomb ! de plomb et d’aplomb !) n’est plus conducteur, qu’il se rompt et que la pensée sort des rails, peut divaguer et devenir plus vraie, plus neuve, moins conditionnée, moins dictée par (ici liste très nombreuse... !)
Perros et Walser
Walser n’a pas été évoqué par A. Lüthi, le sera-t-il ? Mais lisant que Perros écrivait sur n’importe quoi, des bouts de papier, des tickets de métro, des boites d’allumettes, de papier hygiénique, qu’il en « était couvert » de ces petits papiers, je pense aux microgrammes de Walser, à ses tickets de caisse, morceaux de papier journal arraché, etc.
De l’intelligence (Perros)
« Je n’ai pas une intelligence de normalien [...] mais une intelligence oxygène. Je m’en sors toujours grâce à elle. » (Pc1 87, 155)
le chemin désert, trait de craie
le chemin désert, trait de craie, filant solitaire vers le couvert – les résineux, leurs verts gris, leurs pointes, invite à concerter avec elfes et sorcières, pensées fugitives – feux de bois crépitant, feux de joie, brûler ses papiers vieilles lettres et textes avariés – se laisser embarquer et dériver à demi-asphyxié, se changer en sirène, inviter les elfes dans la cathédrale engloutie – [entends-tu les cloches, à minuit, sur la mer ?] – appel lancinant des bouées hurlantes, figures de la détresse, détricotant les trajectoires, coupant l’échappatoire, sonnant la fin de partie et la marée montante.