La revue Fario
Dans la revue Fario, commencée hier soir, déjà deux magnifiques textes. Le premier est un inédit de W.G. Sebald, des carnets de voyage en Corse. Le second, tout juste abordé, un ensemble de notes de Claude Mouchard.
W.G. Sebald
« Peut-être la littérature n’atteint-elle son plus haut degré de précision que là où elle se remémore les événements les plus anciens. » (W.G. Sebald, in revue Fario, n° 9, p. 36)
→ Proust, de toute évidence !
→ Ce très beau texte est constitué de notes de voyages. Elles ne paraîtront nulle part ailleurs, sur la demande des ayant-droits de Sebald. Si cela pouvait amener quelques lecteurs supplémentaires à cette magnifique revue Fario, dirigée par Vincent Pélissier, j’en serais très heureuse.
Claude Mouchard
Toujours dans la revue Fario, de nouveau le choc éprouvé en abordant un texte de Claude Mouchard. Déjà dans la revue Fario ! Voici ce que j’en écrivais en avril 2010 :
Claude Mouchard me permet de lire l’action même de la pensée en formation, traduite dans une tentative d’écriture, et de voir le véritable corps à corps que se livrent la pensée dans toutes ses contradictions et ses tensions parfois à la limite du supportable, la conscience et ses débats éthiques et l’écriture ou la possibilité d’une écriture de la pensée. C’est extrêmement complexe, c’est aussi en cela que réside sans doute un part immense de la richesse de ces Notes, tout à fait dérangeantes.
→ Très étrange aussi et ne perdant pas sa force d’étrangeté de continuer et d’être remarquée, la façon qu’il a de mettre certains mots ou éléments de phrase en gras.
« Des formulation de Lou, il [Rilke] reçoit, croit recevoir, une puissance de vive unification de son propre soi-geste qui le rendront enfin capable de former-achever. » (Claude Mouchard, in Revue Fario, n° 9, p. 226)
→ Interrogations constantes en lisant Claude Mouchard sur le genre ou le statut de ce texte. Lui dit notes. Très profonde originalité du propos, qui fait saillie, presque matériellement, dans un océan de pisse de chat, de ressassé, de resucé, de banalité littéraire.
Mouchard qui parle d’une « écriture-attention d’instant en instant ».
Claude Mouchard (diptyque, 1)
« Tissu [...] des vies se possibilisant et s’oubliant les unes les autres [...], continuités très vite (et vitalement) mangées d’ombre, délitées, effilochées. » (Claude Mouchard, in Fario, n° 9, p. 228)
continuités mangées d’ombre (diptyque, 2)
passez cohortes infinies, lentes litanies des passés de tout revenus d’ailleurs, jamais engloutis et toujours à fleur de présence – passez lors des nuits noires mal éteintes, ombres chinoises sur toutes les parois de ces mondes clos et béants – lentement irriguez ces venelles et ces lits asséchés, ne vous laissez pas oublier – vos murmures dans le sang des tout-petits, vos regards dans le regard des animaux, fleurs, arbres, vous encore, et le sable, les milliards de grains du sable, vous, tous, jamais partis et passés, lent écoulement du sablier – continuités mangées d’ombre, délitées, effilochées, mais là, encore – atomes redistribués, danse vitale au bord de la béance de l’univers – soyez accueillies, continuités toutes effrangées, perforées, décomposées que vous soyez.