Étendues landières (Cixous)
« Étendues landières sauvages, séjour des fées, des inconsolables, de sans-repos, des hors-le-temps. » (Hélène Cixous, Double oubli de l'orang-outang, p.124)
→ Elle a dressé le paysage, mix étrange de son bureau-bibliothèque et des landes de Wuthering Heights : une de ses manières d’écrire, ces calques superposés de lieux et temps hétérogènes en apparence mais liés profondément, on ne sait pas toujours par quoi, dans son imaginaire, voire dans le nôtre. Il semble y avoir toujours, intriqués à sa réalité « locale », de l’écrit et du lu, du lu ré-écrit souvent, du lu « réalisé », i.e. devenu plus réel que le réel, personnages frères et sœurs, cohorte, celle-là même qu’elle déploie, étrange cohorte si l’on y songe d’êtres étranges, étrangers, sur-naturels, appartenant à des registres de conscience différents (imaginaire, mémoire, inconscient personnel et collectif), sur-réels ; fées et fantômes, êtres projetés sur un fond de voiles flottants propres à certains dispositifs scéniques ; êtres de passage et de présence en même temps, êtres à la fois intimement étrangers et étrangement intimes.
Les sans-repos, les hors-le-temps
convoque-les tous ceux-là qui passent à l’horizon, invoque-les, qu’ils viennent près de toi – feu de brindilles, étendue désertique, ciel comme béance, terre de bruyère – bergère ou sorcière, revenante ou perdue, tu es celle qui raconte et invente pour personne, sauf les inconsolables, les sans-repos, les hors-le-temps, cœurs de poussière hantant ces contrées liminaires, foulant bruyères et mousses sèches.