Hölderlin, péril et salut
« Là où le péril croît, croît aussi ce qui sauve » (cité par Edgar Morin dans le Monde du 9 et 10 janvier 2011.
Le fantôme spirituel que nous appelons le moi (Emanuele Coccia)
Pourquoi y a-t-il quelque chose de bouleversant dans les propos de Coccia (La vie sensible). Par exemple cette formule : « chaque fois que nous rêvons, notre nature cesse d’être définie par le corps anatomique ou par le fantôme spirituel que nous appelons le moi » (91)
→ cela, le fantôme spirituel ! Qui dénonce à la fois le caractère irréel de la construction complexe qui fonde notre identité et l’absence à nous-même, centrale, constitutive. Notre pauvre petit moi, même boursouflé, même dopé à l’ego n’est qu’un fantôme sans matérialité, moins réel que le réel, une fiction au fond, une cosa mentale, sans consistance et sans réalité. Il y a de quoi être bouleversé. « Dans le fond le plus secret de notre âme, nous ne trouvons pas un visage précis, un corps défini, mais l’esprit mobile que les images dessinent au coup par coup » (92)
pour nul autre que ciel bleu pâle
tire tout doucement le fil, la porte n’est peut-être pas close, proche le sommeil, veille sérieusement entamée et provisions de vie en baisse – partout eaux montantes, débordements et sécheresses, eaux et âmes – si tu vides l’étang, quelques carpes ? un ver de terre ? cette feuille recroquevillée, pas même un signe, ne forme lettre ni message, n’est que débris, germe de pourri, n’aura jamais été regardée ni aimée, proie d’entropie, vouée à décomposition – et néanmoins, splendeur perdue mais écarlate et jaune et or et bruns pour nul autre que ciel bleu pâle à en mourir ou qui sait, feuille soeur, insecte ou oiseau de passage.
[Cixous, 110 & Jaccottet]
Appel du livre
chez Cixous (Double oubli de l’Orang-Outang), cette note : « j’ai été appelée par Melville – cela opère comme un coup de téléphone impérieux, je n’ai jamais l’idée de résister, cela ne se présente pas comme un désir, mais comme une urgence » (113)
→ expérience partagée et de plus avec Melville ! Cet appel impérieux de certains livres ou de certains écrivains à certains moments. Il faudrait travailler sur le rapport de ces deux « certains », pourquoi Valéry par exemple à telle période (avec cette autre claire conviction du caractère étonnamment cyclique de ces appels-là).