Cixous, de l’interprétation (diptyque, 1)
« Tout cela demande une interprétation. L’interprétation est naturellement équivoque, c’est une vraie interprétation : renversable, pivotante, trompeuse, avec la vérité cachée dans le cœur de la scène. » (Double oubli de l’orang-outang, p. 155)
→ on est bien toujours ici au cœur du déchiffrement. Déchiffrement, déchiffrage, interprétation, on est proche aussi, très proche, du champ de la musique. Y aurait-il parfois dans l’écriture de Cixous quelque chose qui aurait à voir avec la pensée musicale ? Je dis bien la pensée musicale, je n’écris pas que son écriture est musicale, en ce sens qu’elle serait chantante, rythmée. Non ce serait plutôt une forme d’écriture qui comme la musique s’en prend à des mouvements intérieurs plutôt qu’à des pensées traduites en langage. Difficile à définir. Une écriture précisément qui se déchiffre comme une partition, qui s’écoute aussi, qui a des harmoniques. Que l’on doit interpréter, au risque de se tromper. Mais se tromper par rapport à quoi ? La partition, ici le texte, n’autorise-t-elle pas une forme de liberté (difficile de bien jauger le champ de cette liberté par rapport au respect de ce qu’a voulu dire ou cru vouloir dire l’auteur – je me souviens ici des propos de Butor disant que le bon critique est celui qui lui fait découvrir sur son œuvre des choses qu’il n’avait pas comprises, qu’il n’avait pas vues.) En musique c’est toute la question de l’interprétation, entre strict respect du texte et de la volonté du compositeur (mais on sait bien que certains tempi demandés par Beethoven sont irréalisables) et précisément attitude d’interprétation.
Agacée hier par un article(en allemand, mais je crois que j’ai bien compris !) qui expliquait doctement qu’on avait découvert que des sujets exprimaient beaucoup plus d’émotions lorsqu’ils écoutaient une musique jouée par un être humain que la même musique jouée par un ordinateur (un quelconque fichier midi, je suppose !).
→ j’ai souvent cette intuition que je procède à une sorte d’interprétation lorsque je tente de rendre compte d’un livre. À mi-chemin d’un déchiffrage du texte et d’une sorte d’analyse de ce qui en émane, de façon subliminale. A mi-chemin du critique rompu aux règles du traitement du texte à la manière universitaire, que je ne suis pas et de l’analyste (que je ne suis pas non plus !) en position d’écoutant flottante. En musicienne alors peut-être avant tout, tant la musique est de plus en plus la clé principale de mon approche ?
renversables, pivotantes (diptyque, 2)
thèmes et petites musiques de nuit, chantent et passent, échos lointains comme le chant de la mendiante dans la nuit indienne –litanie, mélopée, passacaille, redites et répétitions, sans lassitude, reprises perpétuelles, elles passent, défilé ininterrompu, ensevelies mais affleurantes comme rivières, revenantes des gouffres, renversables, pivotantes, limpides ou agitées, fuyantes – tissées aux fibres de l’être, matière même du rêve, du songe, de la pensée, traces de leurs mouvements insaisissables, vérité cachée dans leur cœur.