Cixous et le vautour (diptyque, 1)
Terrible : « comme le vautour nettoie vite ! » (p. 183) d’autant plus que c’est écrit dans le contexte de la relation d’un rêve, où Proust s’aperçoit que cela fait des mois qu’il n’a plus pensé à sa grand-mère.
→ il y aurait une sorte de fonction macrophage de l’esprit qui userait de l’oubli pour petit à petit attaquer, cerner et avaler ce qui nuit à la vie de l’être. Le trop de deuil dont on sait bien que pour certains il signifie la fin de toute existence personnelle, le deuil impossible qui plombe au sens fort du mot (en cela aussi que comme le tablier des radiologues il empêche les radiations) et rend in-sensible à tout émanation du monde tel qu’il continue à proliférer et se développer nonobstant la disparition de la figure centrale. Oui le vautour, animal peu sympathique, a une fonction essentielle, nettoyer le cadavre, n’en rien laisser de soumis à putréfaction, susceptible de proliférer précisément, ne laisser que de l’os, ronger jusqu’à l’os, nettoyer la place (Valéry).
laminante (diptyque, 2)
vautours, grands oiseaux de proie, tournent la nuit, cherchent les petites âmes perdues, fondent sur le mourant et le mort-né, nettoient vite et dépècent ce qui ne vit plus – dans le fleuve aucun poids mort, attaque de l’eau, incessante, laminante, sournoise, déchiquète, broie à coup de boutoirs immenses ou minuscules – ce que vautours et eaux ne décomposent, chancre et cancer, atteinte mortelle à la régénérescence perpétuelle, engorgement des canaux où pulse la vie : thrombose, œdème, règnes des eaux stagnantes, prolifération de la putréfaction.