Inter, un ovni
Bénédicte Gorrillot dit du livre Inter de Pascal Quignard et alii, que c’est un ovni littéraire. Il l’est aussi par sa composition en trois parties, la lettre de Quignard à Bénédicte Gorrillot, le poème original de Quignard en latin (à ce sujet, il parle de cut-up et bien qu’il n’y soit fait allusion directement nulle part, il me semble que le poème est entièrement fait de citations ?), les 7 traductions (Alferi, Clémens, Deguy, Gorrillot, Hocquard, Prigent, Stéfan) puis une sorte de postface de B. Gorrillot qui est une méditation sur la traduction. Elle y dénonce l’école traditionnelle de traduction avec son objectif de fidélité (qui est le plus souvent fidélité au sens bien plus qu’à la forme). Elle parle de « l’entropie inévitable du traduire » (140)
L’autre échappe en nous frôlant (B. Gorrillot)
« L’Autre échappe en frôlant » dit-elle un peu plus loin.
→ c’est bien là la raison de la douleur. Abandonnés mais touchés, vidés mais empreints, laissés pour compte mais marqués (fer rouge parfois) (142)
Le fatum déceptif (B. Gorrillot)
« Le fatum déceptif de toute traduction et de toute écriture » (144)
→ et de toute interprétation musicale. Le fatum déceptif de tout « trans », y compris la relation humaine, en fait, les deux parties toujours éloignées, divisées, clivées, borgnes. Et dans l’avant et l’antérieur, de même, séparation, abandon, coupure et donc fatum déceptif, voire même fatum abandonnique. Inconsolation.
Sur la poésie (Prigent)
Ce que la poésie tente : « symboliser le réel en tant qu’impossible à symboliser »
→ où l’on retrouve une fois encore l’aporie décelée au cœur même de l’œuvre de Nicolas Pesquès. Laquelle aporie pourrait être la condition sine qua non de la poésie. Se porter au-devant de l’aporie, tenter de planter un coin entre les deux inconciliables, les deux entités irréductibles à jamais l’une à l’autre (monde/langage – réel/soi, etc.)
Il note aussi les 4 plans de l’articulation formalisée : sémantique, syntaxique, prosodique, phonique (15) : bonne grille de lecture du poème !
La vraie lecture (E. Hocquard)
Hocquard parle d’une « vraie lecture » « c’est-à-dire une élucidation » (149)
→ sans doute cela que j’entendais hier disant que j’étais retournée après une courte pause à la vraie lecture, la lecture féconde, celle qui fait que du texte lu lèvent associations, idées, mises en rapport, échos, intuitions. Il y a de l’élucidation, il y a aussi de l’invention, parfois.
temps de la reptation
danse ralentie d’atomes, prise en froid et glace, resserrement comme pensées en fatigue d’aller percer, creuser et nettoyer la place – le battement s’apaise, staccato canalisé, changement de régime – les excitations du jour s’affaissent, déclinent, temps du lent, de la reptation, brumes et brouillards, nébulisats de pensées en fragments comme gerbes d’eau dans la lumière à contre-jour – cet étirement nécessaire pour le sas, cet étranglement en goulot, entre hier et plus tard, passer le fardeau par la meurtrière, l’entendre bouler au fond du puits, s’élancer tête en avant, petit plongeur de paestum, vol plané, Icare sans ailes