Claude Mouchard
Je l’ai lu encore un peu hier soir ; non pas reprise, projetée, de l’autre numéro de Fario, le précédent, car je me suis aperçue que si le Flotoir portait bien trace de cette découverte, je n’avais pris qu’assez peu de notes en lisant ce premier ensemble. Je désire relire la présentation de Vincent Pélissier dont je me souviens qu’elle m’avait frappée et émue.
Ce que j’ai lu ce sont deux textes moins personnels, l’un pour le dernier numéro de la revue Po&sie, intitulé « Ulysse en Corée », l’autre dans un ancien numéro du regretté Nouveau Recueil, le n° 77 de 2005 et dont le Flotoir portait aussi trace sous forme de deux courtes citations. Il y emploie cette expression « bourrasques de dehors-dedans » qui me semble rendre bien compte de son approche, telle que je la perçois dans les notes publiées dans Fario ; il y a bien interpénétration des mondes et pas sur un mode paisible ! Il y parle aussi de l’être sentant-parlant-pensant (à propos de Strindberg)
Ce que j’aime dans ces deux textes, c’est qu’ils témoignent de l’immense (et rare) ouverture de Claude Mouchard sur le domaine de la poésie étrangère (n’appelle-t-il pas le dossier du Nouveau Recueil, Éclatants étrangers.). Et je sais tout l’immense travail entrepris autour des poètes des camps, des poètes déportés, des poètes persécutés, etc. Mais ces contributions sont des textes plus compacts, dans lesquels j’ai plus de mal à pénétrer, alors que je me sens complètement en phase de lecture avec les notes-brindilles publiées dans Fario. La pensée très élaborée des articles théoriques m’accueille moins que la pensée déchirée, tâtonnante, et souvent bouleversante dont témoignent ces notes. Qui devraient être beaucoup plus largement publiées et diffusées. Non seulement pour leur contenu, mais aussi pour le type d’écriture profondément neuf, original qui est le leur. Cette écriture-là est comme un tissu vivant, une sorte de peau, et à ce titre elle touche, elle vient toucher la pensée, le cœur, le corps du lecteur. Pour reprendre les expressions de Meschonnic et de Pesquès, c’est une écriture qui fait quelque chose au lecteur et pas du tout dans le sens de la séduction. Elle l’entretient, elle le concerne, elle l’appelle, elle le sollicite activement. C’est extrêmement rare.
Quignard
Terminé hier soir les notes de Bénédicte Gorrillot et donc le livre. Elle revient de façon très intéressante sur les diverses traductions proposées par les six « poètes latinistes » et elle-même pour divers points du texte, à commencer par le titre inter aerias fagos mais aussi l’étonnant logos terrisonus. Et elle répond aussi à la question que j’énonçai hier, oui, il s’agit bien d’un cut up et elle parle de « la logique du cut-up quignardien qui accole des citations éparses d’auteurs divers, tous à la file, par équivalences, autorise la superposition et y invite même. » (158). Je vais tenter de rassembler mes notes pour écrire un compte rendu de lecture pour Poezibao.
Gruppen
Noter aussi ma lecture partielle du dernier numéro de la revue Gruppen. Une revue passionnante par son approche, rare elle aussi, puisqu’elle-même la musique contemporaine, très étroitement, à la poésie et la philosophie. Deux articles m’ont pour l’instant particulièrement retenue, l’un de Létitia Mouze sur la conception de la critique de Walter Benjamin et le second sur Éclat de Pierre Boulez et plus généralement la notion de temps en musique.
vibration, résonance, extinction
croisant visage vieilli ressurgi au détour, béance terrifiante du temps – séisme disloquant plaques opaques et closes, fissure filant vers l’avant à la vitesse du son, ouvrant cette faille de silence : là où aller – le mur, le fond du puits, la paroi de l’utérus où se cale et bat la fontanelle – amorçage de l’arc électrique entre hier et demain, sortie première et issue définitive - en toutes choses, fractalement, la course à l’abîme et la corde tendue, vibration, résonance, extinction – le souffle court s’éteint – a passé, antérieur