Lire sans noter
Envie ces jours de lire sans noter, de lire au fil du lire et sans arrêt-note, sans y mettre grain de sel – lire pour lire, sans but, même celui de retenir – les notes sont des barrages dans le flux -double sens de barrage, entrave au flux et arrêt du temps-. Ne pas accepter l’échappée continue du temps, du lire et de soi.
Or parfois, cette acceptation advient. Dé-rigidification. Laisser passer par soi ce courant, rester seule à seul avec ce flux, sans redirection vers l’autre, sans reflux – se laisser emporter par le flux (Emportée, c’est le titre du beau livre de Paule du Bouchet lu hier soir d’une seule traite).
Laisser de manière plus naturelle la substance du livre s’allier à sa propre substance, en toute intimité et en toute liberté.
Et pourtant (Patrick Beurard-Valdoye)
Si je ne note, s’enfuira ? Plus fort que moi, noter fut-ce sommairement ma lecture de Patrick Beurard-Valdoye (« L’amour en cage », un extrait du futur livre Gadjo-Migrandt, donné à la revue L’Étrangère, n° 26/27).
Noter cette page sur la quête du son et du rythme par Janacek, quête dans la vie de tous les jours (et là écho à l’approche de Claude Mouchard, ce qu’il appelle la loupe de la vie douce)... un poussin, l’orage, deux femmes sur le quai de la gare : « tout ce qu’il entendait était traduit, jusqu’aux vagues de la mer du Nord » (déploiement immédiat de multiples images de cet été et de multiples réminiscences imaginaires)
→ il faut écouter plus et mieux le monde (usurper le pouvoir de l’œil !), le monde et son bruit et ses sons et sa tonalité et ses sonorités, même en ville, oui, même en ville. « Si tu n’aimes pas un son, écoute-le », disait Cage. Janacek voulait « élargir la musique laquelle ne s’adresse pas à l’ouïe seulement » et dans laquelle « il pressentait du sens secret enfoui ». (58)
Grazyna Bacewicz
Écoute un magnifique quintette avec piano de cette compositeur polonaise (1909-1969) que le pianiste Krystian Zimerman met actuellement sur le devant de la scène grâce à un de ses enregistrements.