Des notes
Lisant les notes d’Antoine Emaz, de Claude Mouchard, ne pas chercher l’imitation qui n’aurait aucun sens, mais apprendre d’eux l’exigence de liberté. Retenir cette idée d’Antoine Emaz de la force-forme. La note aussi, selon moi, nait d’une sorte d’impulsion, il faut parfois déclencher ce qui est au bord de l’impulsion et se tient tapi, peu enclin à se manifester. Ensuite gagner en liberté dans la note, ne pas s’enfermer dans un type d’écriture, dans une forme plutôt du côté de la prose ou du côté de la poésie. Écrire selon ce que l’on a à dire et cela, encore une fois, me semble jouer même pour la note.
HG Adler, un voyage
J’ai bien fait d’aller jusqu’au bout de ma lecture et d'un Voyage, difficile. La fin est moins complexe et décrit admirablement et terriblement ce fait qu’il n’y a eu pour les survivants aucune possibilité ou très peu de s’exprimer ; non pas ici tant le fait de ne pas pouvoir dire ce qui a été vécu mais le fait de ne rencontrer que portes closes, oreilles et cœurs fermés et la double réponse : « ce n’est pas possible, vous inventez, vous exagérez » ou « nous sommes revenus à la paix, laissez-nous oublier, construire cette paix et taisez cela qui est de nature à empêcher la remise en route de la vie sociale ». Ce fut sans doute la question centrale pour Primo Levi, Robert Antelme, Chalamov, Julius Margolin et pour les commissions en Afrique du Sud, en Argentine, au Rwanda (la liste pourrait s’allonger dans des proportions catastrophiques).
L’errance terrible de Paul dans cette ville nommé Unkenburg (château de l’inconnaissance en quelque sorte, kennen/connaître, un/préfixe de négation et burg le château), dévastée par les bombardements alliés), l’incrédulité ou le rejet qu’il suscite sont certainement l’expérience de l’auteur du livre. Il lui faut comprendre que « chacun est enfermé dans son propre cercle et ne peut attendre ou demander que ses secrets soient rattachés aux secrets des autres », car « celui qui n’écoute que la voix de ses pulsions manque certainement de noblesse, mais il ne sortira guère des rails. Paul est sorti des siens et ne trouve aucune piste, fut-elle bonne ou mauvaise » (HG Adler, Un voyage, p. 398)
méconnaissance
Une autre forme d’inconnaissance est bien celle qui affecte dans le rapport avec le corps, la perception qu'on peut en avoir. Toujours frappée le matin, lors de la gym quotidienne, de découvrir l’état réel, en terme d’énergie et de calme. Totalement insoupçonné et qui le serait resté sans doute sans ce petit temps-là de mise en contact. Tonus ou non, agitation intérieure ou non, c’est à ce moment-là que se fait la prise de conscience, souvent dans l’étonnement.
presque rien
presque rien, vase qui cloque dans le fond de la baie déserte, presque rien hors ce mouvement, ce bruit, une vie – fermentations, lichens, algues, l’odeur & le ressac entre les masses noires, presque rien – lot du jour, porte de nuit, seau remonté vide et sale, presque rien – mais tentative, infime élan, presque rien.