La perversion du langage
Claude Mouchard (qui si je criais... ?) ne laisse pas de côté bien sûr le problème de la « perversion du langage » par les totalitarismes. Perversion entendue ici comme acte de pervertir. : « le nazisme a créé sa propre rhétorique de l’euphémisation et de la dissimulation » (194)
Dénégation, die Verneinung (Freud, 1925), déni, die Verleugnung.
la question du déni (Kravchenko, Buber-Neumann, Akhmatova)
Je n’ai rien noté à partir des pages consacrées au procès Kravchenko, puis à Margaret Buber-Neumann. Je les ai lues, de toute mon attention, simplement. Mais voici Akhmatova (dont on parle un peu plus ces temps-ci en raison de la création du dernier opéra de Bruno Mantovani dont elle est le sujet central.) Akhmatova qui se sachant étroitement surveillée mettait sur des bouts de papier les poèmes qu’elle composait et retenait par cœur et les montrait silencieusement à son amie Lydia Tchoukovskaïa tout en parlant de la pluie et du beau temps. LT les apprenait par cœur : « et Lydia n’oubliait rien ;[...] de l’importance pour le siècle de Requiem, elle avait la plus claire conscience ». (La scène entre en résonance avec celle de la fin du film sur la Stasi en RDA, « La Vie des autres »). LT qui dit, et cette phrase est aussi à sa manière une réponse aux questions lancinantes sur la légitimité à écrire quoi que ce soit sur ces désastres « la parole n’est pas une relique de musée. La préserver, c’est créer. »
[je me rends compte aussi, à ma minuscule mesure, que cela peut s’appliquer au travail de Poezibao, qui croît pourtant en temps de paix, dans un pays démocratique, où règne la liberté d’expression mais où pèsent cependant de vraies menaces sur la parole ; autour du problème crucial dont il a été question largement dans les pages que je viens de traverser, ébranlée : le déni. Avec ce risque toujours, quel que soit le masque sous lequel c'est proféré, du négationnisme frontal ou larvé, du déni, de la disqualification du témoin : cette parole est un mensonge, cela n’a pu être ainsi, c’est le locuteur qui est à soupçonner (pages terribles où Claude Mouchard montre à quoi s’est heurtée Margarete Buber-Neumann, et cela venant parfois de ceux-là même qui avaient traversé les mêmes expériences tragiques). La poésie n’existe pas.
Cette substance la plus tendre
« Les liens, cette substance la plus tendre, la plus blessable de la vie. » (246)