Difficulté à juger, penser, trier
Grosse difficulté mentale, psychique à faire face à l’afflux de l’actualité. Les bouleversements sont considérables dans certains cas, les faits, en eux-mêmes infiniment moins importants dans d’autres cas, posent des problèmes de jugement et tout le monde patauge allégrement. Avec par ailleurs un mésusage des mots qui ne fait qu’aggraver ce sentiment de manque de repères. Utiliser cancer, tsunami, séisme pour parler d’évènements politiques, c’est, comme l’a fait remarquer quelqu’un sur Twitter, inapproprié et même déplacé pour ceux qui ont à souffrir de ces maux-là dans leur chair.
On se trouve confronté en permanence aux questions posées par la pratique, l’usage et le mésusage du pouvoir et de l’argent dans des proportions sans précédent. Comment traiter intérieurement les drames libyens ou syriens, la catastrophe nucléaire de Fukushima et la dévastation politique induite par l’affaire DSK ?
Tout cela mis en permanence sur le même plan qui est au fond celui du scoop. Autrement dit au moment du surgissement du fait, envahissement inouï sur tous les canaux possibles et imaginables, déferlement de propos avisés mais en quantité bien restreinte eu égard à la masse des commentaires mal informés, voir partisans, haineux, tendancieux, jugements à l’emporte-pièce qui n’hésitent pas à se contredire en quelques heures, bla-bla universel et à 99 % imbécile… puis décroissance rapide et enfouissement, à la manière souvent d’un refoulement psychique, j’en veux pour preuve la question de Fukushima qui a quasiment disparu des journaux, alors qu’elle reste d’actualité brûlante, au sens propre du mot cette fois (fusion hautement probable du cœur du réacteur 1, percement de la cuve…)
La conscience individuelle se trouve en proie à cet afflux et dans une grande difficulté à faire la part des choses, à tenter un jugement propre, une ligne de pensée, honnête qui sache faire la part des choses. Cela fait le lit des extrémismes.
l’art, un secours ?
La question serait : l’art peut-il être d’un quelconque secours, la littérature, la poésie, la musique, peuvent-ils aider à penser ce monde ? Le sauver, disent certains, j’en doute hélas, sauver du désespoir total peut-être ? En sauver quelques-uns de ce désespoir pour qu’ils soient ferments d’autre chose, peut-être. Sauver individuellement par un recours intérieur puissant…. Mais l’art n’est-il pas un luxe dans certains contextes ? Et surtout quelles réponses apporte-t-il ? En quoi la littérature, la musique peuvent-ils m’aider à penser et tenter de juger, de façon équilibrée et juste (dans les deux sens du mot).
Écho plus que Narcisse
Hier au cours d’une conversation avec une amie, cette idée que j’aimerais être Écho plus que Narcisse. Autrement dit qu’il me semble qu’une des grandes cohérences cachées de tout mon travail, c’est d’accueillir (en la cherchant, en la suscitant, en la trouvant, par les techniques apprises et mises en œuvre, par une quête construite et incessante) l’information, sur la poésie principalement, sur d’autres sujets aussi aujourd’hui via les mini-sites de veille tels Atome(s) ou Qui si je criais… ? et puis surtout, l’ayant triée (ce qui implique un jugement et là est la principale difficulté), puis l’ayant mise en forme et classée, la rediffuser pour au fond la mettre à portée de ceux qui peut-être ne l’auraient pas trouvée ou cherchée par eux-mêmes. En tablant sur le fait que la bonne information, plurielle, si possible non partisane, de sources variées, mettant en évidence des courants diversifiés, est la base de tout choix esthétique, de tout jugement.