Herta Müller
Étrange coïncidence, écho encore. Samedi dernier, j’ai acheté au marché de livres d’occasion de la rue Brancion, un livre de Herta Müller que j’ai peu lue, encore et que je désirais connaître un peu mieux. Le livre trouvé : La bascule du souffle (Atemschaukel en allemand, titre qui évidemment et ce n’est sûrement pas un hasard fait penser à Atemwende, Renverse du souffle, de Paul Celan). Or de quoi s’agit-il ? Du récit d’une déportation. Dans un contexte historique que j’ignorais complètement, la déportation d’allemands de Roumanie par les Russes en camp de travail. En effet (4ème de couverture) « en Roumanie, en janvier 1945, la population est menacée de déportation, mesure exigée par le nouvel allié soviétique de Bucarest et visant une population soupçonnée d’avoir soutenu l’Allemagne nazie pendant la guerre. » Camp extrêmement dur, où règne « l’ange de la faim » et où le travail notamment avec le ciment est terriblement pénible. Et plus encore, la quatrième de couverture explique qu’Herta Müller s’est inspirée de l’histoire d’Oskar Pastior, bien présent déjà dans Poezibao, qu’elle devait d’ailleurs écrire ce livre à deux plumes avec lui mais que la mort de Pastior a empêché ce projet d’aboutir. Herta Müller elle-même est née dans le Banat roumain au sein de la communauté germanophone.
Ce qui me frappe c’est l’impression de glisser presqu’insensiblement de l’univers du camp de Gandersheim évoqué par Robert Antelme dans l’Espèce humaine à ce camp quelque part en Union soviétique. Les descriptions de la faim et de l’appareil répressif intermédiaire entre la direction du camp et les détenus sont très proches et tout aussi impressionnantes.
Ce qui me frappe aussi c’est que je n’ai pas choisi ce sujet. J’ignorai complètement de quoi parlait le livre d’Herta Müller, trouvé au hasard d’une pérégrination chez un bouquiniste, sans avoir lu la quatrième de couverture. Quand je dis « frappe » c’est trop peu, je devrais dire que j’ai été littéralement saisie en entrant dans ce livre.
.... sentiment que quelque chose a fait irruption ici, dans tout ce processus de lecture des œuvres-témoignage.
Quelle est la part de la fiction, quelle est la part du témoignage, Herta Müller semblant avoir été le témoin de Pastior, qui lui aurait raconté sa déportation à l’âge de 17 ans ????? Témoin du témoin ? À explorer et à suivre sans doute.
Il me semble que la traduction de Claire de Oliveira est très belle.
Je retrouve ici aussi l’évocation de la Transnistrie, ce qui me renvoie aux récits de déportation et d’errances de juifs de cette région, proposés dans trois numéros de la revue Fario… (dossiers « Poètes de Czernowitz », dans les numéros 7, 8 et 9).