rêveries nocturnes
Toujours ce même problème déjà évoqué : comment retenir ces bribes qui viennent au moment de l'endormissement et qui toujours paraissent dignes d'être retenues et que l'on aimerait pouvoir noter. Hier encore, j'ai souvenir de toute une séquence importante en rapport sûrement avec Roubaud et les idées qu'il suscite ; j'étais sûre d'avoir engrangé un mot inducteur selon ma technique habituelle ; et ce matin, rien, impossible de me souvenir de quoi que ce soit. Ce qui est perturbant et fâcheux. Perturbant car comment quelque chose qui quelques heures auparavant a occupé avec une certaine intensité notre esprit, quelque chose que nous avons trouvé digne d'intérêt, que nous avons sciemment tout fait pour retenir, comment se peut-il que ce quelque chose se soit entièrement évaporé ? D'où ce quelque chose est-il venu ? Est-il préexistant et simplement "monté" à la conscience, est-il résultat d'un nouvel état de la combinatoire intérieure, combinatoire nouvelle suscitée par la lecture ? Et quel est le mécanisme manquant qui fait qu'il n'a pas laissé de traces apparentes et repérables dans la mémoire ? Fâcheux aussi car on ne peut s'empêcher de penser que l'on trouve puis perd là comme une sorte de trésor, un peu comme quelqu'un qui ferait une découverte relativement importante, attendue peut-être depuis longtemps et qui verrait soudain l'air l'effacer, la roche l'écraser, le sable l'engloutir, les eaux le noyer et ainsi de suite.
(6 mai 2002)
Jean-Paul Klée
Je publie actuellement dans Poezibao un magnifique et merveilleux entretien fait par Jean Pascal Dubost avec Jean-Paul Klée, une pure merveille. Loin de toutes les conventions, libre, vrai, fusant, vivant alors même que cet homme n’est déjà plus tout jeune, que sa vie n’est pas facile, qu’elle est dominée par l’assassinat de son père au Struthof alors qu’il avait quelques mois. Quelque chose de vibrant en faveur de la poésie, de la littérature, de l’écriture, de l’amitié, loin de toutes les conventions et surtout loin de tout le négatif dont se gargarise le contemporain. Pas de déconstruction ici, pas de doute délétère sur la langue, non la foi en ses pouvoirs, le désir de tracer sur la page, deux ou trois fois par jour, depuis 2000 et la rencontre avec Olivier Larizza un poème, deux poèmes, trois poèmes, qu’il appelle poëmes d’ailleurs et il a bien raison de se distinguer ainsi de la masse de ce qui s’écrit sous le nom de poème. Oui plutôt le délicieux tréma que le lourd accent grave, la petite pointe flutée que le cor le soir au fond des bois…. c’est un peu ça Jean-Paul Klée, des moyens époustouflants, acquis dans la pratique ininterrompue de l’attention, de la lecture, de l’écoute de soi, du monde et d’autrui. Le moi est présent mais à sa juste place. Oui, juste serait un autre mot pour cette écriture, elle donne le sentiment d’être juste, de ne pas tricher. Elle est telle qu’elle jaillit et ce jaillissement même est une énigme et une merveille.
Quelle beauté, quelle force, quelle foi en la poésie, je réitère et signe, cet homme fait un bien fou…
Franck André Jamme
de lui je lis cela dans sa fiche de présentation sur le site de cipM, je lis & j’aime & je recopie
« Dans ce monde presque éternellement et essentiellement dominé par des énergies basses qui haïssent celles du partage et de l'esprit (dans tous les sens du terme), car elles en ont dans le fond une peur bleue, beaucoup d'admiration pour beaucoup d'êtres et beaucoup de choses. »
Note aussi cet extrait du texte choisi pour l’anthologie permanente d’aujourd’hui :
On aurait dit
qu’elle réfléchissait
je ne sais trop quelle lumière.
F.A Jamme, Mantra Box, p. 29
De soi, on aimerait que l’on puisse dire cela, que l’on réfléchit la lumière, celle des poèmes, celle de l’écriture, celle de la littérature. Simplement là, sur leur trajet, pour récupérer, amplifier, réémettre leurs signaux.