Beckett
via le musicien Gérard Pesson et des extraits de son journal de 2009, publiés dans le numéro 20 de la revue Fusées.
« Deux enseignements de Beckett me viennent en même temps. Le "à quoi bon se décourager" de Malone meurt [...] et le "Try again. Fail again. Fail better" (Worstward Ho) trouvé dans la préface de Françoise Delphy à l’édition des poèmes de Dickinson. »
→Que j’aime ces emboîtements, je lis Pesson, qui me donne Beckett qu’il a trouvé dans une édition de Dickinson que j’ai dans ma bibliothèque…
Fusées n°20
Très intéressant ce numéro de Fusées, avec des rapprochements entre les arts, musique avec Gérard Pesson, dessins et peinture avec Jeanne Gatard et Dino Fava et Jacques Jouet dont j’apprends qu’il écrit un poème par jour depuis 1992…. ce qui pourrait faire l’objet d’un feuilleton futur de Poezibao ?
Œil-de-vieux et Jacques Jouet
Terme employé par Jouet précisément dans le titre d’un de ses livres, Navet, linge, œil-de-vieux
Après quelques recherches, je découvre que l’œil-de-vieux est une lentille de forme carrée qui permet de réduire tout un espace afin d’en mieux apprécier les proportions.
« Depuis le 1er avril 1992, je commence et j’achève, chaque jour, un poème.
Navet, linge, œil-de-vieux représente les quatre premières années de cette activité, du 1er avril 1992 au 31 mars 1996.
Sous mes yeux, pendant ces quatre ans, j’avais posé, sur un linge jaune et carré, premièrement un navet frais qui mettait environ un mois à sécher (sans jamais pourrir) – une fois sec, je le remplaçais par un tout neuf –
deuxièmement un œil-de-vieux. Un œil-de-vieux est une petite lentille carroyée de peintre paysagiste, qui rapetisse ce qu’elle vise.
C’était là mon sujet, ma nature morte, dans quoi les poèmes creusent, autour de quoi les poèmes tournent … » (JJ, extrait cité sur le site de P.O.L. )
cou coupé court les rues
cou coupé court les rues de nouveau avec odeurs de feu de bois, hiver grogne derrière les barreaux et gagne à l’insidieuse – plaie béant au cœur de la rue, gouffre se déchirant sous les roues, falaises abruptes tombées à même le sol et la danse des fredons (la maladie des fredons*), répétitions, mélodies en ressac et ressassements, mots à mots accolés, alignés, biaisés, prennent la pente, accélération, aspirés par la fissure, faille allant s’élargissant élargie d’eux, forceps à engloutissement – chemin inversé, retour aux matrices, à l’informe, structures abolies, échafaudages retirés, écroulements à vitesse démesurément lente, fracas ténu dans le silence cosmique
Fredon, Pesson, Reik
*« chaque jour se confirme ma maladie du fredon intérieur » (Gérard Pesson, lundi 21 septembre 2009, in Fusées n° 20, p. 17)
Se souvenir à ce propos des pages extraordinaires sur ces mélodies qui surgissent, venues d’où, on ne sait pas en général, pages de Theodor Reik dans son livre Écrits sur la musique.
→est-ce vraiment confirmation d’une maladie ou le fait que Pesson est de plus en plus sensible à ce fredon qui serait permanent chez nombre d’entre nous mais auquel nous ne donnons aucune existence consciente. Et si on lit Reik, on comprend pourquoi parfois ces mélodies subliminales restent de l’autre côté du limen.