Gravité
Il est temps de retourner à la gravité (double sens du mot) = aux livres = au flotoir = au carnet. Tenter la réflexion, quasi impossible pour cause 1. d’incompétence fondamentale, 2. de bruit ambiant.
Bombardement incessant d’informations affolantes 1. par nature, 2. parce qu’elles sont totalement contradictoires, 3. car se pose de plus en plus la question de leur fiabilité.
Sirènes aux habits variés, par définition puisque sirènes, séduisantes et si douées pour engendrer l’addiction (= oxymore : engendrer la stérilité)
Impossible de se retirer dans une cabane ou sur une colonne dans le désert mais il faut tenter de se donner les moyens d’un minimum de retrait, qu’on peut appeler autrement : réflexion, pensée.
Retour au livre, non par sacralisation de l’objet mais parce qu’il semble le plus apte aujourd’hui à épauler le retrait, à le favoriser : cabane dans la forêt, colonne dans le désert, livre.
Se donner du temps hors des connexions kaléidoscopiques, trouver du temps de cerveau hors branchements, non envahissable, ni à louer, ni à vendre, ni à disposition. Sauf pour le tête à tête exigeant auteur / lecteur. Sans écran (entendre dans cette formulation ce qu’elle dit ! l’idée d’une barrière imposée, cela fait écran), sans sous-jacentes et sur-jacentes électroniques et saturées.
Eliot Weinberger
Ouvrant le livre Poésie complète de George Oppen, dans la préface d’Eliot Weinberger, écrite pourtant il y a bien longtemps : « en ces temps de mutations et de désastres qui prenaient parfois un tour apocalyptique » (7)
→tellement actuel, devant l’aggravation constante de l’énorme crise monétaire et économique qui ébranle l’Europe et les conflits sans solution qui déchirent tant de pays.
George Oppen
« Certaines choses
Nous entourent « et les voir
équivaut à se connaître »
C’est encore Weinberger qui cite ces vers d’Oppen dans sa préface (10).
→ce qui me ramène à ma réflexion initiale. Si je regarde ce qui m’entoure, cet inimaginable désastre économique en cours mais aussi cette effervescence créatrice dans certaines pays arabes, je dois non seulement en connaître, mais aussi tenter de comprendre, voire d’accepter en quoi cela me représente, en quoi nous avons à voir, ces choses et moi. Peut-être la cabane ou la colonne, mais temporairement et pas pour fuir.
Lune du 1er novembre, 1
Immense quartier orange chaud, concurrence déloyale de l’enseigne insolente et là-bas, le parthénon, avec lune dérisoire.
Splendeur vacillée, construction menacée, les vents couvent à l’intérieur même des fûts, le feu circule dans la terre, veines de tourbe et dans l’air inodores et incolores redoutables effluents.
Jubile la grande Entropie, mécanique et moqueuse, que le manège s’emballe ! et que les petites âmes s’enfoncent dans l’espace sidéral, en gain de vitesse et perte de vue à jamais, vers l’extérieur du monde.
lune du 1er novembre, 2
jaune orange
là où toujours rien
insolite tache
hostile aux néons et diodes
apparence faible, occurrence forte
permanence versus éphémère
riant, solide devant le transitoire
air d’éternelle