Nicanor
Étranges processus de la mémoire !
J’apprends il y a peu qu’un poète chilien, dont le nom m’est inconnu, Nicanor Parra, vient d’obtenir le prix Cervantès, prix prestigieux pour une œuvre en langue espagnole. Habituel petit questionnement intérieur, est-il déjà dans Poezibao, si non qui pourrait me donner quelques éléments…etc. Relais dans le scoop.it de Poezibao. Et oubli.
Le lendemain matin, soudain, un nom sonne dans la tête, très clair : Nicanor Zabaleta. Un harpiste bien connu dans les années soixante, très oublié, dont le nom appelle immédiatement celui de Lily Laskine. Et une interrogation, pourquoi le surgissement de ce nom, trente ou quarante ans après sa dernière occurrence dans mon champ intérieur ?
J’ai dû attendre que de nouveau le nom du lauréat du prix Cervantès se présente devant mes yeux pour comprendre le réveil du nom ancien par le nom d’aujourd’hui.
Relais
Faisant une petite recherche sur le mot relais, que je tends toujours à écrire sans s, je tombe sur cette double merveille :
Vide qu'on laisse dans les ouvrages de tapisserie, lorsque, au cours du travail, on change de couleur ou de figure`` (Havard 1890).
Terrain abandonné par les eaux courantes ou par la mer`` (Plais.-Caill. 1958). Synon. alluvion, lais. Les lais et (les) relais de la mer. et dans l’étymologie : déverbal de relaisser (TLFI)
Zone d’assoupissement
Intéressante remarque de Walter Benjamin, toujours dans le remarquable catalogue de l’exposition du Musée d’art et d’histoire du judaïsme à propos de Karl Kraus, remarque inattendue en regard de l’image que je peux avoir, très superficielle, de ce Karl Kraus, comme un polémiste dur, brutal et grinçant : il parle, page 253, des fragments venus de cette « zone de l’assoupissement dont les forces démoniques forment la grande station de transformateurs d’où est issue la production de cet homme ».
→ tenter de visualiser cette image étonnante. L’état flottant où la logique et surtout les défenses intrapsychiques sont attaquées, où l’échafaudage de l’identité et de l’unité vacille, l’imaginer cet échafaudage remplacé par des transformateurs électriques ou de curieux alambics où viennent soudain se mêler, s’emmêler, fusionner et diverger, diffracter éléments de veille et de rêve, productions conscientes et émanations de l’inconscient.
Une devise pour Poezibao ?
« Je n’ai rien à dire, juste à montrer » (WB, cité p. 256 du catalogue ; cette remarque vient du Livre des Passages
→ et me semble en effet définir ma tâche pour Poezibao.
à balayer vert fluo
flaques, boues, eaux pourries et lourdes à dérive esquifs, embarcations de fortune, brins de paille et poissons avariés – que ça flotte, et hue, et da, à vau l’eau ces débris, ces déchets, le papier aux feuilles mêlées, le carton détrempé, coulent ici les vies perdues, dévale l’à-quoi-bon, s’enfantent des silences au-delà du cliché, du tout fait pré-mâché, à balayer vert fluo, bouche d’égout, qu’on n’en parle plus.