Quinzaine littéraire
J’ai failli ne pas renouveler mon abonnement à la Quinzaine Littéraire et j’aurais eu tort. Ne serait-ce que pour le numéro reçu avant-hier (n° 1050). Où aujourd’hui trouver dans un même journal Erika Mann, Isaac Babel, Boris Pasternak, une réflexion sur le drame de Babi Yar, Zbigniew Herbert (très bel article de Claude Mouchard), César Vallejo, Georges Didi-Huberman ainsi que ce qui semble une très intéressante méditation sur le langage (voir ci-dessous)
Langues et langage
Dans l’article sur Erika Mann, signé Georges-Arthur Goldschmidt, il est fait allusion aux violences que subit la langue allemande sous l’emprise nazie « Nul domaine n’échappa au nazisme et surtout pas la langue allemande, elle fut de plus en plus remplacée par un jargon délétère et omniprésent que l’on connait bien en France maintenant grâce aux travaux et au Journal de Viktor Klemperer sur la Lingua tertii imperii. » (Victor Klemperer, LTI, la langue du Troisième Reich, Carnets d’un philologue, Albin Michel, 1947). (QL 1050, p. 7). Or en fin de ce numéro 1050 de la Quinzaine Littéraire, p. 20, rubrique psychanalyse, un article sur un livre de Yann Diener, On agite un enfant. Je lis : « Eric Hazan avait déjà nommé LQR (pour lingua Quintae Respublicae) la langue du néo-libéralisme, créée et répandue par des économistes et des publicitaires dans les années soixante [...] Yann Diener s’intéresse ici particulièrement au champ médico-social et au champ psychanalytique et forme le sigle LMS (langue médico-sociale) pour mettre à plat l’inclusion de cette langue dans celle de la psychanalyse » (Lorena Escuredo, QL 1050, p. 20)
→ On pourrait aussi dire en fait dans tout le champ social et il serait bon d’ouvrir un carnet à double entrée, où serrer d’un côté les mots de la LQR et de l’autre ceux de la LMS, nul doute qu’il se remplirait par les deux bouts à vitesse grand V.
Walter Benjamin
Très beau chapitre, toujours dans le catalogue de l’exposition, sur l’usage du carnet (le chapitre sur les mots d’enfant du fils Stephan est très long et un peu ennuyeux, tout comme les relevés semblables de Marina Tsvetaïeva dans ses Carnets !).
Chez moi, le ou les carnets se fondent en fait dans le Flotoir…
Le gouffre de l’inconnaissance
À chaque pas dans un livre ou une revue (ce soir la Quinzaine Littéraire), s’ouvre le gouffre de l’inconnaissance, ce qui n’est pas connu, abyssal, ce que l’on aimerait connaître, tout aussi immense et insondable et ce qui est strictement inconnaissable, soit par essence (le tout, peut-être ?) soit par incapacité (au double sens du mot, capacité pour mémoire et conscience d’absorber et incompétence).
Double réaction également : sentiment d’impuissance mais aussi désir de connaissance renforcé. Simultanément !
avec eau et vent, ménage
pavés, plaques, bitumes et goudrons, paysages – feuilles mortes, origamis involontaires, papiers froissés, mouchoirs jetés, avec eau et vent, ménage et mélanges – une écriture à ras le sol, un tracé à relever, archéologie, traits, lignes et points, rebuts et mixtures.
(collecte benjaminienne ?)