Lire et glaner, avec l’allemand
Lire (lesen) dans le sens de glaner (auflesen), (catalogue exposition Walter Benjamin, p. 257)
Il me semble que de plus en plus ma lecture, la lecture féconde se fait ainsi. Et je me sens tellement en phase avec les pratiques de Benjamin, ces collections de citations, des centaines par exemple pour le travail préparatoire sur les passages parisiens…
Me donne envie de revenir à ma pratique de jeunesse d’une compilation de citations, ce que Bergounioux appelle aussi « extraire » les livres après lecture. Un document unique, électronique, qui regrouperait ces citations ?
saisi dans le saisissement
voile poulpe enfle s’affaisse, énergie vie désir, fluctuations, écriture sismographe, creux et pleins, vides et déliés, tournent autour du vide – vase imaginaire, forme, tentative & tentation, recueillir un minuscule éclat hors du vide – saisi dans le saisissement, perdu si vite par attention, plus fuyant que la lumière pulsant de la luciole ou de l’étoile, signal déjouant toute attente – le saisir c’est l’anéantir, ne pas le saisir, une faute – être là, témoin seulement, avoir vu, n’avoir pu, n’avoir su, et la tentation du tu (découragement, honte ou avarice), du pour soi seul – attester seul.
les pensées traversantes
tant pis pour le ressassement, mais dire combien il serait bien que le flotoir reste ouvert (il est ouvert en fait, mais oublié ouvert, sans doute !) sur le coin du bureau, pour être prêt à recueillir les pensées traversantes, les éclats de mails, les citations… tout cela qui sinon fuit inexorablement. Et qui est bouée pour ne pas se noyer pourtant.
« les mots désoccupent »
« Les mots de Dorothée Volut sont rares et précis, simples et intacts. Ils nous désoccupent, et ménagent des pauses à partir desquelles incarner une logique poétique et politique du vivant. Où sommes-nous dans ce monde ? » (Anne Malaprade, à propos d’une affiche de poésie de DV, article publié dans Poezibao)
→ je retiens cette citation surtout pour le mot désoccuper, tant il me semble en phase avec ce que je ressens, le besoin de me désoccuper, couper aussi d’un certain nombre de sources qui sont délétères en ce moment pour moi, polluées peut-être, inessentielles surtout. Les mots ménagent des pauses, des relais, au sens relevé ci-dessus, des vides pour respirer dans l’ouvrage de tapisserie, des vides pour que tout ne s’empile pas en une pâte boueuse mais pour que les fragments, les éléments, les notes puissent vivre leur vie individuelle et chanter leur voix, sans que tout s’aplatisse et s’écrase en un magma inassimilable.