Désir de grammaire
Pourquoi cela « dans toute langue subsistent des vestiges isolés d’états révolus, sortes de buttes-témoins linguistiques… » (Riegel, Pellat, Rioul, Grammaire méthodique du français, PUF, édition 2006, p. 9) induit-il un puissant et immédiat état de rêve. Est-ce la question des vestiges, celle des traces, un appel à l’archéologie de la langue mais aussi dans la vie, une association avec certains propos analytiques ? Et pourquoi ce désir de grammaire et de décodage de certains fonctionnements de la langue ?
Et pourquoi cette lecture a priori austère d’une grammaire a-t-elle quelque chose d’apaisant ? Désir de grammaire comme il y eut désir de solfège (et acharné travail subséquent !), à condition d’entendre grammaire et solfège comme disciplines majeures et passionnantes et non comme sinistres apprentissages, tels que les proposent dans 95% des cas les institutions pédagogiques !
Écriture
Toujours intéressée par les conditions matérielles de l’écriture. Notant à l’instant une expression allemande, à la main, dans mon carnet, je me demande soudain sur quoi écrit Bergounioux. Il est clair qu’il écrit à la main, puis qu’il travaille et corrige le manuscrit avant de le reporter à l’ordinateur, mais sur quoi, feuilles volantes, cahiers, type de papier, type de stylos ? Il me semble me souvenir que quelqu’un jadis avait enquêté sur ces méthodes de travail des écrivains. Et je pense aussi bien sûr aux Cahiers de Valéry, à cette écriture si régulière, si puissante, si forte et à l’expérience que cela représente de lire les fac-similés de l’édition CNRS en lieu et place de la version Pléiade, qui en plus a opéré un regroupement thématique, certes amorcé par Valéry, mais qui ne rend pas compte de la recherche au jour le jour qui fut la sienne.
Un autre triple A
À propos des femmes :
« le A de Aphasie, elles ne parlent pas, ne peuvent parler, n’ont pas droit à la parole
le A de Apraxie, pas d’action
Le A de Agnosie, incapacité de reconnaître leurs propres pensées et leurs propres sensations alors que leurs organes sensoriels restent intacts »
Louky Bersianik, cité par Louise Dupré dans la revue Trois en 1997.
De Louise Dupré précisément : « la littérature pense. Elle permet d’articuler une pensée du singulier sans avoir à l’ériger en systèmes »
(Flotoir, 2006)