Ciel
Un peu de lumière après des jours de bruines et brumes
la lumière commence à penser à la nuit, Brigitte Célérier
alias @Brigetoun que je « suis » régulièrement via Twitter, avec ses belles balades mélancoliques, la passion des livres et de la musique. « Retour tout doux, avec petites courses, pendant que la lumière commençait déjà à penser à la nuit ! »
André Gunthert, Benedict Anderson, le livre imprimé
Une réflexion passionnante sur l’imprimerie, l’internet, le livre électronique, au lendemain de la tonitruante fermeture du site Megaupload.
« Dans ses réflexions sur la formation de l’imaginaire des sociétés modernes (Imagined Communities, 1983), Benedict Anderson rappelle le rôle joué par l’imprimerie à la Renaissance dans la reconfiguration des hiérarchies culturelles. En favorisant une “révolution du vernaculaire”, cette nouvelle technologie devient le canal privilégié de la diffusion des idées de la Réforme.
«Dans cette bataille de titan “pour l’esprit des hommes”, le protestantisme se montra toujours foncièrement offensif, précisément parce qu’il sut exploiter le marché en expansion de l’imprimé en langue vulgaire créé par le capitalisme, cependant que la Contre-Réforme défendait la citadelle du latin. (…) Rien ne donne une meilleure idée de cette mentalité de siège que la décision prise en 1535 par un François Ier paniqué, d’interdire toute impression de livres dans son royaume – sous peine d’être pendu haut et court! L’interdit et l’impossibilité de l’appliquer s’expliquent tous deux par le fait que les frontières orientales de son royaume étaient bordées d’États et de cités protestants produisant une avalanche d’imprimés de contrebande1.»
Benedict Anderson, L’Imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme (1983, trad. de l’américain par P.-E. Dauzat), Paris, La Découverte, 2002, p. 51-52.
Article d’André Gunthert sur son site « Culture visuelle »
Deux belles remarques d’Isabelle Butterlin Pariente
« Le travail intellectuel n'est pas un effort. C'est une pure légèreté. »
« La philo se travaille comme la musique. Tous les jours. Sans cesse. Sans arrêt. On progresse ou on recule. » (via Twitter)
À rapprocher même si cela peut paraître incongru, d’un documentaire (de sa fin en fait) vu sur Arte et qui portait sur des jeunes apprentis horlogers en Suisse. Là aussi un travail constant, minutieux, passionné…
Textes dits de création
Ce qu’il importe peut-être que je comprenne dans ma façon de concevoir mon flotoir, c’est que les textes dits de création sont, peuvent, doivent être comme un condensat filtré de la journée, ou d’une émotion, d’une découverte, d’une expérience particulières. Une manière de leur donner corps par les mots (dans le prolongement de ma méditation sur les carnets de Bergounioux et de Dugardin et sur ma manière de vivre mon travail d’écriture quotidien) – et donc que ces textes-là ont leur présence, naturelle, dans le fil du flotoir, en regard des notes de réflexion.
Bergounioux
avancé la lecture des Carnets, toujours aussi étonnée de ce sentiment qui fait que je lis ce livre presque comme un livre à suspens, un roman, voire un roman policier. Je pense que l’écriture de Bergounioux est aussi une des clés de cet attrait si profond et si entraînant, qui donne à son récit des jours une forte dynamique alors même que lui se dit déprimé, sans entrain, dans la grisaille. C’est dire aussi que l’écriture est son armature, son souffle, son moteur, essentielle en cela à sa survie au jour le jour. Qu’elle est aussi tellement régulière, qu’elle a été tellement travaillée, qu’elle est devenue un instrument non de virtuosité même s’il y a des aspects virtuoses mais d’expression extrêmement précis (le terme de précision est ici fondamental) de l’expérience, passée et présente. Elle traduit avec une très grande justesse (sens musical) le vécu intérieur (les deux termes sont importants, ce qui est vécu par l’écrivain mais aussi ce qui en a déposé dans son for intérieur) et c’est sans doute par le biais de cet instrument-là que d’instants ou de vécus éminemment individuels, voire parfois prosaïques, il parvient à faire quelque chose de beaucoup plus général.
Doutes (& Faulkner)
Doutes si bien exprimés par Pierre Bergounioux :
« J’éprouve toutes les affres inhérentes aux travaux de l’esprit, la précarité sentie de nos vues, la résistance opiniâtre de l’objet, l’incertitude essentielle de nos pensées » (Carnets, 3, p. 209)
→ Il écrit cela notamment à propos de la révision de l’ébauche de son livre sur Faulkner et il est passionnant de le voir consigner le premier jet, en dire la teneur, puis revenir plus tard sur ses pas, démolir des pans entiers de sa construction, au risque de mettre en péril tout le bâti, de générer des trous béants dans le fil de la démonstration, passionnant de le voir avancer petit à petit ses principaux arguments sur la nouveauté radicale de Faulkner, le changement fondamental de point de vue qui fait que le récit n’est plus le fait d’un narrateur extérieur et peu impliqué mais celui des protagonistes.
→ Quelque chose de fraternel et de rassurant dans cette assertion que les doutes, les affres sont « inhérents » aux travaux de l’esprit.
Encalminé
toile tendue devant rien du vent, étale, enlisement, arasement, encalminé[s], les voiles battantes (Cendrars, Bourlinguer)
Isabelle Pariente Butterlin et Bergounioux, encore
Très en phase avec tout ce jeu de réflexions en cours : « Le voyageur égaré qui se donne à lui-même un cheminement dans le monde. Ligne de conduite. Tendue à travers le monde. » (Isabelle Pariente Butterlin, dans une méditation sur Descartes)
N’est-ce pas ce que fit Bergounioux, à 17 ans. Il a tracé une ligne, il n’en dévie pas, « c’est que depuis trente-cinq ans, j’ai pris congé du monde extérieur, désappris à vivre, cessé à peu près d’exister » (199). Même si chacune de ces assertions peut être contredite, sous un certain angle, par cela même qu’il rapporte dans ses Carnets, la vie matérielle et la vie familiale, surtout, très présente. Une des raisons aussi sans doute de l’attrait de ces Carnets, car ces éléments rendent l’écrivain proche et humain et ils permettent une forme d’identification.
Bergounioux qui a aussi écrit sur Descartes ! (Une chambre en Hollande)