ciel
retour de la pluie, froid annoncé mais pas encore présent vraiment, plutôt l’humidité et la grisaille. Hier superbes éclaircies, très belle lumière d’hiver.
Henri Droguet
et lisant les poèmes inédits envoyés par Henri Droguet :
« l'œil vitrifié des flaques! » - me fait penser à mes derniers journaux-photos
Bergounioux
Je m’enlise un peu dans la lecture des Carnets. Il est toujours dans cette phase dominée par l’attaque cérébrale subie par sa mère et ses suites, beaucoup dans le train de Brive pour aller la voir, un samedi sur deux, nombreux déplacements professionnels aussi. Davantage de détails matériels et moins de réflexions sur le travail en cours, la littérature, la grammaire. Frappant aussi de voir comment il est constamment sollicité et plus encore qu’il accepte quasiment tout ce qu’on lui propose, émissions, articles, livres, participations à des lectures, à des congrès, à des entretiens.
Je suis arrivée au seuil de 2004.
À noter aussi : c’est en cette fin de 2003 qu’il commence à avoir l’idée de donner des extraits de ses Carnets, à une revue d’abord. Il entreprend de les « dactylographier » systématiquement. On sait, nous lecteurs, où cela va mener !
Un avion, là-haut (Bergounioux)
« un avion à hélices traverse en bourdonnant la nuit, relève son immensité, comme autrefois, lorsque je songeais à l’avenir [...] » (415)
→ cette sensation-là est donc partagée, ce sentiment très étrange que fait naître, presque constamment, le bruit d’un avion lorsqu’un peu de silence s’établit sur la ville, renvoi immédiat au jardin de La N. avec lié, je pense, un sentiment océanique, qui me semble proche de ce que Bergounioux décrit ici. Oui, sensation d’immensité, émoi devant cette machine volante laquelle n’était pas alors encore aussi banalisée qu’aujourd’hui, désir d’ailleurs, de départ, d’une autre dimension, que sais-je, pour la petite fille installée dans le jardin d’été avec un livre, qui lui aussi ouvrait une autre dimension dans l’espace et dans le temps. Sans doute souvent, alliance du lu et du senti, créant des sortes d’agrégats moléculaires internes, indélébiles et réactivés par telle ou telle expérience d’aujourd’hui, comme l’a si lumineusement démontré (le terme est approprié) Proust.
Mémoire, encore, Bergounioux, toujours
« La traîne de la mémoire, derrière nous, prend, à la fin, une ampleur, une longueur encombrantes, effrayantes. Difficile de composer avec les images, les affects restés des mondes traversés. Où que je me transporte maintenant, je vois accourir les fantômes des années mortes. » (448)
→ bien dans l’esprit de la note précédente ! Sauf que je ne partage pas la tonalité plus que mélancolique, délétère, de cette remarque. Il y a, par exemple dans une ville habitée depuis tant d’années, toute une géographie mémorielle, nombre de lieux marqués non seulement par des souvenirs, mais parfois par des expériences répétées, des années durant, des trajets empruntés (intérieurs et extérieurs), d’immenses constellations de souvenirs, mais tout n’est pas sombre, tout n’est pas mort, même de ce qui est mort reste quelque chose, ce sentiment d’avoir été là, d’avoir vécu cela, d’en être passée par là.. Nous sommes au fond comme un instrument qui non seulement sonne au présent, mais ainsi conçu que chaque note jouée aujourd’hui déclenche des résonances mémorielles, antérieures, très particulières, différemment colorées par les affects.