ciel
Le froid arrive, nous dit-on, en fait un petit 3° ce matin – toujours humide, avec un vent de nord-est – grisaille infusée de jaune sale – rien de bien plaisant sauf le fond vif de l’air qui stimule.
Un inventaire
« Dresser l’inventaire de ses projets oubliés, de ses rendez-vous manqués, de ses pas perdus, de ses rêves détruits, évanouis, ravis, toutes ses phrases inachevées ou même jamais commencées. La violence des circonstances de chaque disparition ou leur prosaïsme les magnifiant. » (Henri Lefebvre, Les unités perdues, Virgile, 2004 (cité par Brigitte Célerier)
Impressions fossiles
Isabelle Pariente Butterlin parle aujourd’hui des impressions fossiles : « Une pluie ancienne s’est projetée sur la vitre, et il a beau ne pas pleuvoir, les impressions fossiles d’elle se superposent aux impressions qui devraient s’imposer. »
→ une autre très belle image pour dire ce que j’écrivais tout récemment, en ayant recours à la métaphore de l’instrument de musique. Impressions fossiles, qui émettent leur lumière, produisent leur impact dans l’aujourd’hui, comme la lumière des étoiles émise il y a des milliards d’années, correspondant donc souvent à des astres morts, mais néanmoins lumière.
Ricardo Muti
En dernière page du Monde, très surprenante et émouvante lettre ouverte des musiciens de l’Orchestre de Montpellier Languedoc Roussillon au chef Ricardo Muti, après leur interprétation commune du Requiem de Verdi. Lettre d’hommage et de remerciements, qui atteste de quelque chose d’exceptionnel dans la conduite (orchestre mais aussi engagement) de cet homme dont les musiciens rappellent qu’il a courageusement pris la parole lors d’une interprétation récente de « Nabucco », pour dire l’importance cruciale de la culture dans une Italie alors en proie aux très douteuses rodomontades de Silvio Berlusconi (heureusement remplacé depuis quelques mois par l'austère Mario Monti). Certes un peu d’emphase dans cette lettre mais c’est la première fois il me semble que je lis dans Le Monde une lettre ouverte qui ne soit pas d’indignation ou de dénociation ou requête. Il faut sans doute cela pour qu’on n’oublie pas la musique, la littérature, les arts.
Bergounioux
Toujours un peu cette même impression, traversée d’une partie moins intéressante, trop dominée par l’anecdotique et en fait, on se rend compte que dans ces jours de fin 2003 et début 2004, il n’y a pas de travail d’écriture substantiel pour Bergounioux. Des cours aux Beaux-Arts, des articulets à droite et à gauche, des rencontres, mais pas le travail de fond qui sous-tend sa vie et sa réflexion à quasi toutes les époques. Et qui infuse dans la vie et les Carnets. De telle sorte que son absence dévitalise en partie le propos.
Mais j’ai lu parallèlement son petit opuscule Aimer la Grammaire à la genèse duquel le lecteur assiste dans les notes des années précédentes. Il arrive à synthétiser l’essentiel et je me rends compte que mes bases grammaticales ont nettement dépassé la date de péremption !
Photos
Un travail photographique un peu systématique (même si la démarche en elle-même n’est pas du tout volontairement systématique) modifie le regard et même, plus que cela, induit une sorte de façon d’être, marchant, regardant, écoutant aussi de tous ses sens. Se trouve suscité un état particulier, où la conscience analytique reflue, laissant à découvert un estran intérieur autre, une capacité de refléter peut-être ; le sens du temps se modifie et tout se passe comme si l’être devenait lui aussi surface sensible, enregistrant des impressions et sensations dont il n’a pas forcément conscience lorsque son fonctionnement est différent.