Ciel
changement net, ciel gris, humidité, pas de lumière, température en hausse bien au-dessus de zéro, dans les 3°.
Jérémy Liron
Une des avancées dont je suis redevable à Bergounioux, c’est d’avoir accru (était-ce nécessaire ?!!!) ma curiosité à l’égard des livres, de tous les livres. Concrètement cela se traduit par une volonté nouvelle de tenter de jeter un œil un peu plus approfondi sur les innombrables ouvrages qui me passent entre les mains. En plus de me porter vers des livres à acheter, à lire, en dehors du seul territoire de la poésie, devenu trop exclusif.
C’est ainsi que je viens de sélectionner et lire un petit livre de Jérémy Liron, présenté dans le cadre de la rubrique dominicale Poezibao a reçu. Jérémy Liron est à la fois écrivain et peintre et il s’interroge ici sur le statut de l’image, dans une réflexion nourrie de citations de peintres et d’écrivains, particulièrement belles et pertinentes, mais aussi faisant souvent penser, bien qu’il ne le cite pas, à Didi-Huberman (mais il cite W. Benjamin en revanche). Sa réflexion part en fait d’une photographie qu’il prend, parce qu’elle le fait penser aux tableaux d’une artiste peintre Maude Maris. Il y a donc un jeu de réflexions (se réfléchissant, réfléchissant, en miroir, en abyme) entre la photographie et la peinture. Le tout placé sous l’exergue de cette bouleversante citation de Celan « qui parle vrai parle des ombres ».
Liron encore et Armand Dupuy
Dans la même livraison de cette semaine, un autre petit livre, Jeremy Liron pour des peintures, fort intéressantes, Armand Dupuy dont me parle souvent Marc Dugardin pour le texte. Je note cela : « Le monde tel qu’il apparaît, n’est qu’un processus narratif propre à chacun d’entre nous. Nous ne partageons donc pas le monde. Nous partageons la seule illusion de le partager. Ce processus subjectif, nommons le faire-monde, se déroule en deux temps puis se répète jusqu’à finir nos yeux. Il est le ressac de voir et montrer, pour voir encore et mieux : le réel se présente à nous puis nous le rendons à lui-même. Les artistes s’y emploient plus particulièrement ». (Armand Dupuy, Jérémy Liron, faire-monde & papillons, Centrifuges, 2011, p. 7)
→ toujours ce jeu des échos : Armand Dupuy cite Jérémy Liron, que je viens de lire, qui cite Bergounioux (un moment de B-17 G !). Et bien entendu comment ne pas créer aussi des ponts avec la lecture en cours d’Oliver Sacks qui sous un angle plus scientifique amène à s’interroger sur la façon dont nous construisons une image de la réalité (au travers des troubles de la représentation qui permettent de faire comprendre la complexité de cette élaboration qui nous semble aller d’elle-même !). Cette citation de Jérémy Liron par exemple « peut-être nous ne voyons du monde que des souvenirs contenant ça et là quelques miettes de réalité. La persistance partielle » (En l’image, le monde, p. 11).
→ insistance de l’auteur sur le fait que les artistes permettent sans doute de voir, on pourrait aussi le penser des grands poètes, dont on dit souvent qu’ils sont des voyants…. ils dévoilent une part du monde que nous ne voyons pas, que nous ne connaissons pas.
Breton, Liron, photo(n)
là aussi écho puissant avec certaines recherches photographiques « Breton écrit : "la terre, sous mes pieds, n’est qu’un immense journal déplié". Tout fait signe, c’est un bruissement continu. » (Liron, 11)
→ par la pratique intensive de la lecture, de la musique, de l’art, apprendre à devenir/redevenir attentif à ce bruissement continu auquel un autre bruit, assourdissant, brut, monolithique, rend insensible. Bruit des préoccupations intérieures et extérieures, bruit d’un monde possédé par des puissances écrasant toute pensée, toute sensibilité, toutes perceptions fines… Retirer les filtres grossiers qui bloquent ces perceptions subtiles.
Sacks
Très largement avancé, quasi fini le livre de Sacks, L’œil de l’esprit. Malheureusement retrouvé ce qui m’a tant ennuyée dans la fin du Carnet de Bergounioux, un appesantissement sur son cas médical personnel. Il se trouve qu’Oliver Sacks a été atteint vers 2007 d’un cancer de l’œil. Il rend compte de tous les détails du traitement et surtout de toutes les altérations de sa vue, mais c’est sans intérêt pour l’instant car il décrit et n’explique rien. Ou presque.
Auparavant intéressant chapitre sur la vision stéréoscopique, avec allusion à des techniques de rééducation notamment la question convergence, divergence et le fait de faire fusionner des images pour voir en relief.
Ce que j’attends d’un tel livre, c’est de montrer à quel point tous les processus perceptifs et cognitifs sont complexes, qu’il les décortique dans une certaine mesure et qu’il permette de mieux comprendre quelques-uns des mécanismes en jeu, là où tout semble aller de soi. Le livre toutefois me semble ressortir d’une vulgarisation un peu lourde et sans finesse.