Ciel
voile de brume lumineuse, infusée de soleil mais aussi de pollution – froid très vif encore, -4° sur la terrasse.
Bergounioux et la lecture
« J'ai essayé de trouver un compromis acceptable entre ces deux exigences, écrire et lire, chacune revêtue d'un caractère d'absolue nécessité. Si on ne lit pas, si on n'essaie pas de prendre la mesure du point qu'ont atteint ceux qui nous ont devancés et qui conditionnent l'invention présente, on s'expose à refaire ce qui a d'ores et déjà été fait, et sera, à ce titre, frappé de nullité. Quiconque ignore l'histoire de la partie qui est sienne s'expose à des candeurs qui ne pardonnent pas. Les innocents n'ont jamais les mains pleines. Il est indispensable de savoir ce qui a été accompli pour trouver son propre style. Le style qui est une manière de voir, d'être, de ressentir, de dire, mais rarement une manière d'écrire. Le style n'est pas un artifice, une sorte d'excipient formel qu'on ajouterait à un contenu.
La littérature a à voir directement avec la vie. Si elle se ramène à des jeux d'alexandrins, elle n'en vaut pas la peine. Le fait de voir une chose pour ce qu'elle est change la chose, change le monde, et nous change. Ce qui nous accablait, nous aliénait, perd son pouvoir. Le monde n'est ce qu'il est que parce qu'il inclut l'idée qu'on se fait de lui. Il vaut parce qu'il y a vous, parce qu'il y a moi. »
Entretien avec Nathalie Crom, Télérama, relevé sur ce site
A engranger aussi, pour communication à tous ceux là qui envoient des manuscrits de poèmes qui attestent d'une totale méconnaissance de la poésie, de la littérature ! Tapiès, mort ce lundi 6 février à Barcelone, n'est pas d'un autre avis. Le Monde le citait hier "l'artiste doit avoir lu des milliers de livres"
De la pensée
« Je me heurte à la confusion, à la dureté de ce à quoi on n’a pas fait sérieusement réflexion. Je vérifie, une fois de plus, combien nos penchants, nos actes, nos pensées elles-mêmes sont rétifs à la pensée claire, quel tribut de peine ils réclament pour simplement nous apparaître quand ils ne sont, pourtant, que de nous » (1055)
→ de portée universelle me semble-t-il, base de la démarche aussi des Cahiers de Valéry, faire sérieusement réflexion, par soi-même. Quelque chose sans doute que l’éducation devrait apporter, plutôt que d’avoir pour objectif un empilement indigeste de connaissances mal assimilées. Les langues et la philo dès la maternelle, oui ! Et dans le domaine des affects et des passions, c’est encore plus vrai. Que de difficultés à penser les difficultés intérieures qui nous assaillent, quelle fuite éperdue devant toute tentative de clarification susceptible de remettre en cause de pauvres petites constructions branlantes qui font office de demeure !
De l’art
Quelque chose qui me semble nouveau dans les pages du Carnet : « je poursuis l’anamnèse de ma visite au Louvre en 1962, et de la triple révélation dont elle s’est accompagnée, de la peinture consacrée, de l’histoire événementielle et du principe, externe, de réalité dont j’étais, avec tous mes petits compatriotes, excommunié » (1060)
1962, il avait 13 ans !!!! Je me sens un peu démunie devant cette note, tout en la supputant de grande importance. J’aimerais que l’auteur soit un peu plus explicite, ce qui doit être le cas dans l’article (pour Art Press) ou l’ouvrage qui se préparait ici (il se pourrait qu’après les Carnets, en voie d’épuisement puisque la boucle temporelle est presque bouclée, Verdier publie les innombrables articles, conférences, cours, interventions qui sont éparpillés un peu partout).