Ciel
magnifiquement pur, très belle lumière, un peu de pollution au-dessus de l’horizon – vent de NE assez modéré, température autour de -5°.
Journaux
Effroyable massacre à Homs, en Syrie, plus de 200 morts en une seule journée, Assad bombarde les siens, les civils, les enfants, sans aucune retenue et le monde assiste impuissant parce que la Russie le soutient – il y a de quoi rendre cyniques les plus purs et en particulier les jeunes.
La marche
Thème à la mode, mais pas chez Bergounioux qui en général est à mille lieux des thèmes à la mode. Mais cette remarque toute simple correspond tellement à mes balades photographiques : « la marche suscite mille détails que la voiture escamote, que le métro annule purement et simplement, et qui sont la vie même » (798)
→ on pourrait aussi ajouter que le métro, annulant à de rares exceptions près, tous ces détails (sauf quand il passe en aérien !) confronte plus brutalement que tout à nos confrères voyageurs, pour le meilleur et souvent pour le pire ; abondent d’ailleurs chez Bergounioux des remarques sur le langage et l’attitude des jeunes dans le RER. Mais à marcher, sans but, en recherche vague de choses à capter, à photographier, regardant autour de soi, en l’air en particulier on finit par découvrir des rues proches mais inconnues, un bitume incroyablement stigmatisé, et il n'est pas exclu que l'on perçoive quelque chose des mondes antérieurs, en ces lieux-là. Par les anfractuosités.
Désespoir
dégoût de soi et de la vie omniprésents : « me serais bien dispensé du détour par la vie » (802)
La rupture temporelle
Toujours dite avec une grande force par Bergounioux, cette rupture entre le temps d’avant, de l’immanence, qui se réactive parfois à Brive, et le temps d’après, lorsque vient la conscience de soi et du monde. « Ce sont les parties hautes des façades, vers lesquelles on lève rarement les yeux, qui me rappellent et me conservent les jours abolis, le temps magique et bref où j’ai vécu au présent, le bonheur qu’il y avait à être avant qu’un doute affreux ne me vienne, qui ne m’a plus quitté » (803)
→ J’aurais tendance à universaliser ce propos de Bergounioux. Chez lui ce passage fut singulier, du fait du monde obscur de sa naissance, de sa région natale, mais tout être n’éprouve-t-il pas un jour, dans la joie ou la déréliction (l’un et l’autre peut-être, simultanément ou consécutivement) cette irruption, progressive ou brutale, de la conscience de soi, la fin du temps magique de la vie au présent seul, sans recul ni sur soi, ni sur le temps, ni sur le monde qui entoure, ni sur les êtres proches ? Lorsque le petit d’homme devient conscient de lui-même, comme entité séparée, responsable et en proie à la solitude, irrémédiable…. à la fois exaltation et épouvante.
Illuminer les cellules cancéreuses
Article très intéressant dans le supplément Sciences et techno du Monde, daté 4 février. Une petite société a réussi à produire une substance qui va se fixer électivement sur les cellules cancéreuses et les « illuminant » faciliter considérable le travail des chirurgiens, qui travaillent jusqu’à présent à l’échelle du millimètre et le font désormais à l’échelle trois fois supérieure de 300 microns. Qui sont plus sûrs aussi de ne pas laisser de cellules cancéreuses résiduelles.
Temps perdu
Bouffée de sensations très étonnantes (on peut donc dire qu’à la madeleine ou au pavé de St Marc, on peut ajouter comme inducteur de réminiscences fortes, quasi matérielles, l’effet de certaines lectures et c’est une très bonne nouvelle !!! – mais on le savait déjà, non ?) en lisant cette note sur « le sentiment un peu triste que m’inspiraient déjà les murs de la ville, les quartiers purement résidentiels, entièrement voués à la vie domestique » (813)
Flambée de souvenirs de dimanches tristes, de trajets vers le parc, de froid, d’ennui, de lieux déjà très chargés émotivement vers lesquels j’essayais d’entraîner qui nous accompagnait…. en fait là-dessous, quelque chose qui exclut, des cercles familiaux auxquels on n’appartient pas, des univers différents et mystérieux : comment vivent-ils donc ?
Paysage et for intérieur
Bergounioux établit une forte relation, très parlante, entre le cadre de son enfance et les impressions et sensations qu’il vivait alors : « La terre, le roc, le taillis qui surplombent la voie ferrée arrêtent le regard, assombrissent le wagon, le cœur. Je retrouve le sentiment d’oppression qui formait une des composantes majeures, une des constante de la présence au monde, dans mon enfance » (823)
→ souvent ressenti cela notamment sur des routes de moyenne montagne lorsque l’on passe sans cesse du versant sud au versant nord, de la lumière au roc suintant et noir, l’état intérieur oscillant entre l’oppression et l’exaltation.
→ ces impressions de l’enfance sont d’autant plus prégnantes que les défenses psychiques n’ont pas vraiment pu les traiter, sauf à les refouler puissamment. Elles ne sont pas élaborées par les mots, mais fortement engrammées dans la chair même. L’être en est imprégné, il en résonne.
L’obligation de silence
qui régit la vie publique, et le comportement attentatoire à cette obligation des jeunes qu’il observe dans le métro (825). Mais n’est-ce pas tout l’environnement qui empêche complètement la possibilité même du silence ? Se taire sur soi, qui pratique cela aujourd’hui où chacun étale des relations privées souvent lamentables à longueur de conversations téléphoniques…au partage imposé à une rame ou un bus entiers.