Ciel
Changement en vue, vilaine lumière blanche, petits nuages moutonnant, froid toujours intense (-2,4°) mais on annonce un changement de flux, ce dernier devant passer d’est à nord et apporter plus d’humidité et moins de froid.
Amitié
Ce sentiment d’amitié pour ce bon vieux flotoir en l’ouvrant certains matins, lui qui m’accompagne et me soutient depuis plus de dix ans maintenant. Sentiment d’aller dans ma petite cabane, au fond du jardin, au bord de l’eau, fauteuil, feu de bois, livres et cahiers, silence, retrait.
Oliver Sacks
Commencé et déjà bien avancé hier L’œil de l’esprit d’Oliver Sacks. Dans ce livre, le neurologue présente surtout des cas d’anomalies liées à la vision, mais qui en fait sont d’origine cérébrale. Première évidence, absolue : cette belle machinerie cérébrale dont on peut parfois être si fier, ne tient qu’à un petit ruisseau de sang dans des vaisseaux fragiles. Si cela se bouche, si cela s’obstrue adviennent des dégâts et ce qui est le plus frappant, c’est que ces dégâts jouent sur notre identité, sur des choses qui nous semblent notre essence même. Comment réagir si un matin, au lever, alors que tout semble normal, on prend un livre et que soudain, tout ce qui est écrit là, est devenu un grimoire indéchiffrable, aussi hermétique que si nous tentions de lire du chinois alors que nous ne savons rien de cette langue. Cela s’appelle l’alexie, c’est une « forme spécifique d’agnosie visuelle qui ne permet plus de reconnaitre le langage écrit » (70).Que dire si telle cette musicienne confirmée, la partition de musique soudain n’a plus aucun sens…. que dire si l’accès au langage intérieur, là peut-être le pire, soudain n’existe plus… et tout cela parce qu’une petite zone du cerveau, pas très grande souvent, a été affectée par une attaque…. Les cas relatés ont quelque chose de sensationnel, destinés à faire sensation et cela peut d’ailleurs poser problème, sur le plan de l’approche. Je note le défaut déjà relevé dans les précédents livres de Sacks, Musicophilia, par exemple, ou l’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau, accent mis sur le spectaculaire au détriment de l’explication scientifique, le plus souvent absente. C’est un beau livre de cas. Mérite toutefois et une fois encore, faire réfléchir sur le peu à quoi tient notre esprit, notre pensée, notre être au monde, notre identité. Cela rend très humble. Et admiration aussi pour les stratégies inouïes que certains de ces patients arrivent à mettre en œuvre pour pallier ce qui soudain fait défaut. Cette femme devenue aphasique et qui développe des trésors d’expression avec son visage, par le mime.
Autre découverte troublante, et ce serait la première fois qu’Oliver Sacks en fait état, que lui aussi est atteint de certains des troubles qu’il décrit : incapacité de reconnaître les visages (la fameuse prosopagnosie de Chirac, ou les lieux) : « je reconnais beaucoup mieux les chiens de mes voisins (grâce à leurs formes et leurs couleurs caractéristiques) que mes voisins eux-mêmes. » (106).
Sacks à propos de la lecture
« Tenant la lecture pour un acte homogène et indivisible, nous nous concentrons lorsque nous lisons sur le sens et la beauté, éventuellement, du langage écrit, inconscients des nombreux processus qui sont la condition de possibilité de cette action ». (70)
On aimerait que Sacks ici développe sa pensée et présente un peu plus avant ces nombreux processus !